Bâtir sur Christ

H. F.

« Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, comme un sage architecte, j'ai posé le fondement, et un autre édifie dessus; mais que chacun considère comment il édifie dessus. Car personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu'un édifie sur ce fondement de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l'ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu'il est révélé en feu; et quel est l'ouvrage de chacun, le feu l'éprouvera. Si l'ouvrage de quelqu'un qu'il aura édifié dessus demeure, il recevra une récompense; si l'ouvrage de quelqu'un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu. », 1 Corinthiens 3 :10-15

Deux Sortes de Matériaux à Disposition

Il n'est pas difficile de se représenter les réflexions de l'apôtre, lorsqu'il pensait à Corinthe, la ville à laquelle il destinait sa lettre, ou à Ephèse, la ville d'où il l'envoyait. Elles lui fournissaient toutes les deux le même exemple. Promenant ses regards sur l'une ou l'autre de ces deux villes, il pouvait voir de riches bâtiments, cossus, faits de marbre ou de quelque autre matériau précieux et durable ; et tout à côté — car c'était la nature même de ces agglomérations urbaines — installées à leur ombre, d'autres maisons, sans apparence celles-là, d'humbles demeures de bois et de chaume. Il ne pouvait manquer de se dire que si un incendie passait sur ces différentes habitations, leur valeur relative apparaîtrait immédiatement. Les maisons de bois et de chaume seraient détruites, et seuls resteraient debout les édifices durables.

C'est dans cette optique-là qu'il écrivit aux Corinthiens au sujet de l'édification de l'Eglise, et c'est dans cette optique-là que l'Esprit de Dieu nous applique le message à chacun. Vous remarquerez que dans ce passage il est question quatre fois de « l'œuvre de quelqu'un », ou de « l'œuvre de chacun ». La possibilité de construire avec du bois, du foin ou du chaume sur le vrai fondement est peut-être une pensée qui vous surprend. Nous nous sommes si souvent servis de cette idée, dans nos réunions d'évangélisation, que nous sommes enclins à penser que si nous sommes sur le vrai fondement, alors tout va bien, la construction sera ce qu'elle doit être. Ce que le feu consumera, pensons-nous, ce sont ces structures sans consistance des vies qui sont édifiées sur un fondement tout autre que Jésus Christ. Ce n'est pas du tout la pensée que nous avons ici.

Vous remarquerez en effet que l'apôtre ne parle que de ceux qui sont sur le vrai fondement, — « personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est posé ». En d'autres termes, les seuls chrétiens qui sont visés ici sont ceux qui sont édifiés sur le seul, sur l'unique fondement sûr et solide qu'est Jésus Christ. Oublions les autres pour le moment, car c'est de nous qu'il est question, pour peu que nous soyons édifiés selon la pensée exprimée ici. Cette affaire nous concerne parce qu'elle est un rappel solennel que l’édifice n’est pas achevé quand bien même le fondement a été posé, et que la structure de l'édifice n'est pas nécessairement décisive une fois que le fondement est en place. Le fondement une fois posé, l'ayant reçu de Dieu en toute gratuité, chacun doit faire face à la responsabilité solennelle de veiller à ce qu'il va bâtir dessus. Il peut construire quelque chose de durable, avec des pierres précieuses, de l'or et de l'argent. Dieu soit béni, n'importe qui peut voir la chose sous ce jour-là et s'y mettre ! Il n'y a pas besoin d'être un apôtre pour l'entreprendre. Mais, hélas ! n'importe qui, même un apôtre, peut choisir l'autre voie, et mettre sur le vrai fondement des matériaux de mauvaise qualité, édifier une structure déficiente dépourvue de substance qui ne supportera pas l'épreuve finale. Oh! si le peuple de Dieu pouvait comprendre la différence qu'il y a — même pour les chrétiens, même dans la vie chrétienne, même dans le service chrétien le plus sincère — entre ce qui est durable et ce qui est périssable ! Je crois que pour beaucoup d'entre nous il en résulterait un changement complet d'attitude.

Ce qui est en cause, en réalité, c'est que l'édification et le parachèvement de l'édifice doivent être conformes à la nature de son fondement. Vous découvrirez que c'est Jésus Christ qui est la pierre de choix, précieuse entre toutes. Si vous connaissez tant soit peu le symbolisme des Ecritures, vous savez que l'or nous parle de Lui, et que l'argent nous parle de Son œuvre. Le fondement dont il s'agit a donc un certain caractère, mais l'édifice qui demeurera est celui qui aura ce même caractère ; il ne s’agit pas d’édifier quelque chose sur Christ, mais de laisser Christ s’édifier en nous.

Nous pouvons, dans la meilleure des intentions, ériger une structure qui est notre contribution à Christ, pour découvrir un jour, quand tomberont sur elle la lumière et le feu de l'éternité, que cette structure était d'une nature différente de la nature de Christ, — édifiée sur Lui, mais ne provenant pas de Lui. Et l'apôtre nous dit qu'elle s'en ira, au grand désillusionnement des intéressés, et à leur plus grande humiliation.

Il est bien clair qu'il ne parle pas ici de ces manquements ou même de ces péchés qui surviennent dans notre vie et que nous regrettons tous. Ce qu'il a en vue, c'est la structure en continuité, ce qui est constant dans nos vies. Il ne s'agit pas de l'accident que nous pouvons avoir au cours d'une vie spirituelle bien conduite. Nous en avons, et il nous appartient de revenir au Seigneur pour en recevoir le pardon. Mais ici, l'affaire est tout autre. Ce n'est pas tellement de l'événement isolé que l'apôtre parle, mais de ce qui s'accumule d'une manière constante et régulière, tout au long le la vie. Après tout, la construction n'est pas une de ces quelconque passe-temps dont on s'occupe quand cela nous plaît. C'est une occupation constante, à laquelle il faut s'attacher jusqu'à ce que l'édifice soit achevé. La vie est faite de ce labeur-là; nous sommes voués à cela. Et la question qui se pose chaque jour, tout au long de notre marche avec Dieu, dans ce qu'elle a de continuel et de persistant — pour ceux d'entre nous qui sont sur le vrai fondement — est celle-ci : ce que nous construisons, est-ce quelque chose qui est de la terre, un produit de nos propres efforts, de notre propre sagesse, ou est-ce vraiment Christ que nous édifions par la foi, dans nos vies?

Naturellement le bois et le chaume sont à portée de la main. C'est ce que vous avez, c'est la contribution que vous pouvez fournir. Les pierres, l'or et l'argent représentent du travail, de la recherche, de la concentration et un constant effort. Est-ce que nous mettrons dans notre vie juste ce que nous avons sous la main, ou sommes-nous préparés à payer le prix d'une recherche auprès du Seigneur des matériaux appropriés au but à atteindre? Ce n'est pas qu'ils fassent défaut. Dieu soit béni, ils sont là, à notre disposition ! Mais l'expression « pierres précieuses » ne peut manquer de nous rappeler qu'elles ont été coûteuses, non seulement pour Celui qui nous les a fournies — notre Seigneur bien-aimé — mais qu'il y a un prix à payer pour les obtenir. Elles impliquent la nécessité d'une préoccupation supplémentaire et d'une disposition à faire un sacrifice pour les avoir.

Dieu Procure les Ressources pour l’Edifice qui le Satisfait

Pour notre encouragement, rappelons-nous les uns aux autres que le Seigneur ne nous exhorterait jamais à édifier ainsi, s'il ne nous fournissait les matériaux nécessaires. Et l'apôtre ne dirait jamais que tout homme doit bâtir ainsi, s'il n'était pas sûr que chacun puisse édifier ainsi. Ainsi donc la question des ressources dont nous disposons n'entre pas en ligne de compte. En fait, c'est exactement le contraire, car si Paul, en parcourant ces villes du regard, pouvait immédiatement, d'un simple coup d'œil, différencier ce qui était bon de ce qui était mauvais, il n'en va pas ainsi dans les choses spirituelles : le feu seul manifestera, au jour du jugement, la qualité de l’édifice. Ce qui peut être inapproprié ou insuffisant, comme matériau, peut faire une impression tout à fait trompeuse de bonne qualité. Ce que nous avons à offrir, et ce que les Corinthiens avaient à offrir, peut paraître, à l'observateur superficiel, une contribution de grande valeur ; mais il s’agit de ce que nous avons fait, ce n’est pas Christ. C'est pourquoi, quand l'éternité mettra ces choses à l’épreuve, leur vraie nature sera révélée.

Et bien souvent, ce qui est de Christ maintenant est souvent bien loin de ressembler à des pierres précieuses, à de l'or ou à de l'argent. C'est pour cela que nous sommes si facilement découragés d'en faire usage pour l’édifice. L’édifice constitué de matériaux spirituels exige toujours la foi, réclame toujours de la patience dans notre persistance à bien faire, quand bien même nous n'avons rien pour le démontrer. Il y a là un devoir absolu à répudier les valeurs humaines et à se méfier de l'approbation populaire. En deux mots, il ne nous faut pas uniquement construire que sur Christ, nous devons également apprendre Christ.

Le Contraste Entre les Deux Sortes de Matériaux

Je pense que ce contraste n'apparaît nulle part aussi clairement que dans l'exposé que l'apôtre fait lui-même au chapitre 13 de cette lettre. Nous lisons au verset 8 : « L’amour ne périt jamais. », c'est à dire qu’il ne disparaîtra jamais ; il est permanent. Ce n'est ni du bois, ni du foin, ni du chaume. « Y a-t-il des prophéties? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance? elle aura sa fin.» — et comme ils aimaient la connaissance, ces Corinthiens ! Ici donc, nous voyons le contraste entre le durable, le permanent — et le temporaire. La prophétie, les langues et la connaissance ont toutes les trois quelque chose qui les fait valoir et les fait passer, sur le moment, comme étant spécialement de Dieu. Mais l'amour est la manifestation continuelle, dans le caractère, de la vraie nature de Christ. Cela ne veut pas dire, naturellement, que la prophétie soit sans valeur. C'est la prophétie sans l'amour qui est sans valeur.

Parce qu'il y a toujours pour nous la possibilité d’édifier quant à la chair, s'ensuit-il que nous devions renoncer tout à fait à construire. Bien sur que non ! C'est là une interprétation tout à fait fausse de la Croix. La vérité, c'est que n'importe quel service, si réussi soit-il à nos yeux, et quelle que soit l'approbation dont il est l'objet de la part de notre entourage, s'il n'est pas accompagné d'une expérience correspondante en nous, par le Saint Esprit, sera consumé par le feu et il n'en restera aucune trace.

Nous voyons les Corinthiens enthousiasmés par les questions spirituelles, par l'évangile, les réunions, la prédication, l'étude des Ecritures, se donnant du mal pour mener à bien toutes sortes d'activités, et l'apôtre leur dit, en substance : « Attention ! Quand viendra l'éternité et que cette phase de votre vie sera soumise au verdict divin, prenez garde qu'en ce qui concerne les valeurs spirituelles, elle ne se trouve dénuée de toute substance. »

Et voici d'autre part l'auteur de la lettre, durement éprouvé (lisez le chap. 4), « nous avons été faits un spectacle pour le monde, et pour les anges et pour les hommes. », méprisé, critiqué, mais entretenant continuellement un esprit de conformité à Christ, de patience et de persévérance dans le vrai témoignage, animé d'un amour sans défaillance pour Christ, et d'un amour semblable même pour les chrétiens qui s'efforcent de le calomnier. Le voici, cet apôtre, faible et méprisé aux yeux des hommes, mais qui pourra dire, à la fin de sa vie : « J'ai achevé ma course », (2 Timothée 4 :7). En d'autres termes, mon travail d’édification est terminé, et l'édifice durera jusque dans l'éternité. L'amour, qui est non seulement Christ vivant Sa propre vie — car Il est amour — mais cet amour qui est Christ vivant Sa propre vie en nous, cet amour-là ne passera jamais.

Oh ! quel encouragement à aller fermement de l'avant, utilisant des matériaux toujours précieux dans l’édification d'une humble vie de foi, d'obéissance et d'amour pour Dieu ! Il peut nous sembler que nous faisons beaucoup, ou au contraire que nous ne faisons pas grand-chose, qu'importe, ne nous laissons jamais décourager dans le rude travail que nous accomplissons, car le jour qui vient le mettra en lumière. Ce que le Seigneur désire ardemment pour nous, c'est que l'éternité ne soit pas un désillusionnement à cause de ce qui est perdu, mais au contraire un émerveillement dans la découverte de ce qui est gagné. C'est une pensée merveilleuse ! Vous et moi, qui oeuvrons tellement dans l’obscurité maintenant — car Dieu ne nous a pas montré le plan de nos vies, et Il ne nous laisse pas voir ce que nous avons devant nous — nous qui connaissons le prix des matériaux que nous fournissons à l'édifice, nous serons peut-être, un jour, tout ébahi en voyant la magnificence et la gloire de ce que Dieu a fait dans nos vies. Notre foi et notre patience, la persistance de notre marche spirituelle avec le Seigneur n'auront pas été vaines. Est-ce que cela ne vaut pas beaucoup mieux que de mettre sur pied une vaste structure qui satisfait notre vanité, et nous vaut l'approbation des hommes attachés à la terre, mais dont l'apôtre dit que les flammes la dévoreront, et que nous serons laissés sans rien d'autre que de belles fondations sous nos pieds? Dieu soit béni, ces fondations résisteront aux flammes, nous serons là. Mais, est-ce assez? Oh! être là avec quelque chose de Christ qui ait de la valeur, pour notre propre joie et à la louange et à l'honneur de Son Nom !

 

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