Conformité

Par J. K.

Chacun doit accepter les conditions de la société dans laquelle il vit. Aucun individu ne peut vivre complètement isolé. Néanmoins, la société a des demandes, et selon qu’on les accepte ou non, on sera soit intégré soit marginal. Le prix de l’acceptation est de se conformer au code de conduite de la société.

Si cela est vrai de façon générale, dans le contexte d’une culture ou d’un pays particuliers, c’est également vrai dans des contextes beaucoup plus limités. Tout comme le monde est constitué de nombreuses cultures différentes, chaque culture peut elle-même être divisée en classes. Alors que dans le monde actuel beaucoup parlent d’une société sans classes, il est fort probable qu’une telle idée est irréalisable. Les différences de richesses, d’intérêts et d’éducation sont des points de ralliement pour l’association de gens de même milieu. Ainsi, nous avons des micro-sociétés au sein même de sociétés, chacune d’entre-elle possédant son propre code de conduite et ses propres exigences de conformité.

À un niveau encore plus restreint, il y a le cercle d’activité de chacun, qui peut être une usine, un bureau ou bien encore une institution. Là encore, il est nécessaire de se soumettre et de se conformer à un code reconnu. La même chose s’applique à la famille, l’unité la plus petite et la plus intime de la société ; ou encore à l’église.

Cette question de conformité serait largement simplifiée s’il s’agissait de se conformer à une seule demande, mais ce n’est jamais le cas. Les demandes de conformité viennent de plusieurs sources à la fois, et assez fréquemment, les critères appelant à la conformité sont contradictoires. La personne qui se conforme méticuleusement à l’étiquette d’une société, doit peut être se conformer à un tout autre code de conduite dans le monde des affaires. Au sein de sa famille, ces critères peuvent être encore différents. L’homme incertain dans ses pensées et inconstant dans ses voies est un produit typique de notre monde moderne.

La raison principale de l’attitude rebelle des jeunes en général contre la société est qu’ils ont réalisé l’inconstance, les contradictions des demandes qui leur sont faites, dans leur vie quotidienne.
Ils disent : « Pourquoi se conformer au code de l’école, de l’université, de l’église ou de la famille ? Ces choses ne font de nous que des hypocrites. » Il y a une certaine vérité dans ceci, cependant les jeunes ne réalisent pas qu’il est impossible d’être libre de toute conformité. Réagir contre une certaine conformité entraîne l’acceptation d’une autre. Refuser de se conformer à un certain critère d’habillement, par exemple, c’est se plier à un critère d’un autre style. En vérité, la non-conformité n’existe pas. Celui qui se présente comme étant non-conformiste, est souvent le plus rigide des hommes !

En fait, la question n’est pas de savoir si une personne doit se conformer à tel ou tel critère, mais plutôt à quel critère se plier et pourquoi.

Le vrai chrétien doit faire face à deux principes opposés : le principe du Moi qui domine largement notre société ; et le principe de Christ dont la vie était une vie de renoncement et d’abandon. En fin de compte, le choix se limite à se conformer à l’un ou à l’autre de ces principes. Quelle que soit l’origine de la demande de conformité, la raison fondamentale avancée par le monde est toujours la même : « Si vous vous conformez au train de ce monde, cela vous épargnera bien des ennuis et vous aidera. » Ainsi, l’homme lui-même – la satisfaction de tous ses besoins et de toutes ses envies – est présenté comme étant le but de la vie.

Le principe de Christ est radicalement différent. Le contraste est résumé en deux versets de la lettre de Paul aux Romains :

« Ne vous conformez pas à ce siècle. », Romains 12 :2

« Ceux qu’il a préconnus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image se son Fils. », Romains 8 :29


La vocation du croyant n’est pas de se conformer aux critères sans cesse contradictoires du monde, mais à l’unique critère de Christ ; critère qui doit s’appliquer à tous les aspects de sa vie. C’était ici l’alternative qui se présentait à l’Église Primitive, les premiers chrétiens étaient confrontés à l’obligation de se conformer au code impie de l’Empire Romain. Ils choisirent de se conformer à Christ, tout en sachant qu’un tel choix entraînerait des persécutions et des souffrances.

S’il y a une chose qui ressort très clairement du Nouveau Testament c’est l’intense dévotion à Christ des premiers chrétiens. La potentialité d’être rendus conformes à Christ les conduisait sans cesse à une relation toujours plus intime et profonde avec leur Seigneur. Les prédications des apôtres et leurs épîtres pointaient inlassablement vers Christ, et ainsi ils rejetaient toute attention dirigée vers eux-mêmes. Ils étaient soucieux que les saints regardent toujours au-delà des serviteurs, au-delà des moyens employés, et qu’ils ne voient que Christ. Christ – Christ seul – saisi par la foi, était alors l’unique critère de conformité.

Peu de croyants sont suffisamment avertis de l’intensité de l’antagonisme présent en eux ou dans les assemblées, de l’antagonisme entre l’esprit du monde et l’Esprit de Christ. La tragédie de l’Église à travers les siècles, a été que, trop souvent, elle a rendu le culte au Seigneur avec ses lèvres tout en vivant en conformité avec le monde. Les croyants doivent être vigilants à ce sujet, ils se doivent de veiller au danger de s’abuser eux-mêmes. Dans une assemblée, la transition d’une œuvre centrée sur Christ à une œuvre qui est centrée sur l’homme est subtile et pratiquement imperceptible. Nous pouvons même voir un tel changement s’installer dans les assemblées du Nouveau Testament.

Une assemblée peut tirer son origine d’une merveilleuse dévotion à Christ, d’un dévouement qui unit tous les membres dans la poursuite du Seigneur, manifestant ainsi une soif intense de le connaître davantage à travers Sa Parole. Dans l’ardeur d’une nouvelle vie retrouvée, la conformité à Christ est un but évident. Mais au fil du temps, la vision de Christ s’estompe. Par commodité et convenance, par les problèmes inévitables auxquels toute assemblée est confrontée, des prises de décisions altèrent la nature même de son but. La loyauté se meut insidieusement vers un certain ordre de choses ou vers un homme ; les membres de l’assemblée ne perçoivent pas qu’ils sont en train de déserter Christ, leur fondement. Au sein même de l’assemblée, les demandes humaines pour une certaine conformité sont confondues avec la voix du Seigneur. L’assemblée peut maintenir son apparence spirituelle, mais en réalité le monde en a pris le contrôle.

Cette demande de conformité du monde dans l’assemblée présente un certain attrait, or la nature même de cet attrait démontre que les demandes faites sont du monde et non pas de Christ. La conformité à un code de conduite humain décharge chaque individu de toute responsabilité. L’individu n’a plus à penser par lui-même, quelqu’un d’autre le fait à sa place ; il perd toute notion d’initiative. Il peut esquiver les auto-évaluations éprouvantes et les décisions exigeantes lorsqu’il doit faire face à la question de sa conduite personnelle. Ceci lui épargne tellement d’ennuis, mais ça implique indubitablement la mort de sa relation vitale avec Christ, ainsi que son aptitude à servir efficacement les autres frères et sœurs. L’apogée de la tragédie est atteinte lorsque les exigences et la conduite des hommes sont reconnues dans l’assemblée comme obligatoires, et qu’elle décide de se conformer aux critères humains quelle qu’en soit l’origine. L’assemblée qui a commencé par l’Esprit, continue et achève sa course par la chair jusqu’au point de désintégration.

Etre rendu conforme à l’image de Christ est une quête incessante, elle demande toute l’énergie, l’initiative et la responsabilité de chacun d’entre nous. Une telle poursuite peut être difficile, très difficile même, mais l’exercice - celui de la croissance spirituelle - est la vie même et il procure la vie aux autres.

Beaucoup d’entre nous ont dû faire face au problème récurrent de croyants qui ont grandi dans l’atmosphère apparemment spirituelle d’une assemblée qui sont devenus indifférents, insensibles aux choses spirituelles et qui sont même parfois devenus hostiles. Pourquoi en est-il si souvent ainsi ? Je pense que, dans une large mesure, la cause en est la pression exercée dans l’assemblée pour se conformer à un code de conduite davantage fondé sur une tradition que sur une allégeance passionnée à Christ. La demande même de se conformer à quoi que ce soit d’autre que Christ devrait nous sembler anormale. Un inconverti, qu’il soit un enfant ou un adulte, identifie facilement l’esprit du monde dans un enfant de Dieu, même si celui-ci se cache derrière un langage pieux. Dès lors que notre vision est d’être conforme à Christ, nous pouvons nous attendre à ce que ceux que nous servons soient remplis de la même quête spirituelle. Lorsque nous voyons autour de nous, des familles et des chrétiens poursuivant le monde, c’est le moment, non pas de critiquer, mais de s’interroger sérieusement quant à nos centres d’intérêts.

Le but tout entier de l’Église, du service de la Parole de Dieu, du témoignage personnel, doit être l’exaltation de Christ ! Lorsqu’un homme, une soi-disant vérité, l’Église ou quoi que ce soit d’autre provoque une opacité quant notre appréhension de Christ, ou lorsque ces choses commencent à rivaliser avec notre allégeance à Christ, nous avons atteint un point de très grand danger spirituel. « Il faut qu’il croisse, et que moi je diminue » est une parole cruciale pour nous tous si nous désirons être rendus conformes à l’image du Fils de Dieu.

 

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