La Conversion selon les Écritures

A. K.

Lecture: Actes 9:3-16, 22:6-10,26:12-21

« Et, comme il était en chemin, il arriva qu'il approcha de Damas; et tout à coup une lumière brilla du ciel comme un éclair autour de lui. Et étant tombé par terre, il entendit une voix qui lui disait: Saul! Saul! pourquoi me persécutes-tu? Et il dit: Qui es-tu, Seigneur? Et il dit: Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi, et entre dans la ville; et il te sera dit ce que tu dois faire. Et les hommes qui faisaient route avec lui s'arrêtèrent tout interdits, entendant bien la voix, mais ne voyant personne. Et Saul se leva de terre; et ses yeux étant ouverts, il ne voyait personne; et, le conduisant par la main, ils l'emmenèrent à Damas; et il fut trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but. », Actes 9 :3-9

Je crois que le sujet qui est sur le cœur du Seigneur pour nous, c'est la conversion. Il nous faut marquer un arrêt pour nous poser la question de l'authenticité de notre propre conversion. Je ne sais pourquoi, mais il est tout à fait possible d'être sauvé, d'être né de nouveau par l'Esprit, et même d'être rempli de l'Esprit, sans pour autant être converti, c'est à dire sans vivre cet abandon absolu à Dieu que requiert l’authenticité apostolique. Comprenez-vous cela ?

Considérons l'apôtre Paul. Chose frappante, ce livre des Actes relate ou mentionne trois fois cette conversion. Il n'est pas exagéré d'estimer que la qualité de la vie apostolique qui s'ensuivit était en relation directe avec la qualité d'un tel commencement. Autrement dit, il n'est peut-être pas possible d'aller au-delà de ce que nous avons posé dès le point de départ. Il se peut que parmi nous, certains aient besoin d'un nouveau départ, ou bien de prendre le départ qui n’a jamais été pris. S'il n'a jamais été pris, nous serions condamnés à rester stagnant, dans notre vie chrétienne, au niveau d'une certaine position inférieure à ce que le Seigneur désire intensément pour nous.

Comme je l'ai dit, le point de départ de la vie apostolique en conditionne, dans une large mesure, l'aboutissement. Chez beaucoup d'entre nous, il y a un dysfonctionnement ; nous ne marchons pas dans la plénitude, car il y a eu un manque au point de départ. Je pourrais disserter longuement sur les carences dans la prédication actuelle de l'Évangile, lequel devient une sorte de formule en vue de l'obtention du salut, plutôt qu'un enracinement dans la foi très sainte, comme ce que connurent ceux de Thessalonique, qui par la prédication apostolique de l'Évangile se détournèrent des idoles « pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient. », (1 Thessaloniciens 1:9-10). Ces paroles prouvent qu'ils entendirent une présentation bien plus complète, bien plus puissante de l'Évangile que la plupart d'entre nous ; aussi, dès le moment de leur conversion, leur vie manifesta t-elle une qualité particulière, une marque qui imbiba leur assemblée. Leur vie reflète leur commencement, comme notre vie reflète notre commencement.

Mais Dieu soit loué, car si un commencement défectueux, inadéquat, a affecté notre manière de marcher, Dieu a les moyens de nous faire prendre un nouveau départ. Je vois là une sorte de parallèle avec la « grande traversée » qu'Israël eut à faire avec Josué. Le nom « Jourdain » veut dire, littéralement, « descente dans la mort ». Traverser le Jourdain, c'est laisser derrière soi ceux qui, pendant quarante ans, ont erré de-ci, de-là dans le désert religieux jonché des cadavres de ceux qui n'avaient pas le cœur entier d'un Caleb ou d'un Josué (Caleb signifie « au cœur entier »). Sur toute une génération, deux hommes seulement connurent le privilège d'être accueillis dans le pays de la promesse et de participer à la prise de ce pays. C'est devant pareille croisée des chemins que nous nous tenons aujourd'hui. Il est temps de passer sur l'autre bord ; et la pensée qu'il était indispensable d'effectuer ce passage a pesé lourdement sur mon cœur.

Saviez-vous que toute la maison d'Israël n'avait pas traversé le Jourdain, mais que les tribus de Gad, de Manassé et de Ruben avaient choisi de rester en-deçà ? Elles restèrent là parce que la terre y était fertile, que l'herbe y était drue, et qu'en bons éleveurs de bétail ils avaient vu là une source de profit immédiat. Ils refusèrent de courir le risque de la foi quant à ce qui se trouvait sur l'autre bord. Ils supplièrent Moïse et il exauça leurs supplications. Mais dès lors, ils ne jouèrent plus le moindre rôle dans l'histoire d'Israël. Un seul fait affligeant nous rappelle cette tribu de Gad : les Gadaréniens, dans le Nouveau Testament, étaient ces éleveurs de porcs qui allaient refuser d'accueillir le Libérateur dont les actions s'avéraient coûteuses pour leur chair. Ils aimaient mieux conserver leurs troupeaux que d’accueillir Celui qui chassait les démons, Celui précipitait les troupeaux dans la mer.

Quelle illustration pour ceux qui refusèrent de traverser et qui dépérissaient de l’autre coté ! La raison, me semble-t-il, est invariablement la même : la satisfaction de notre chair. En-deçà du passage, nous sommes assurés du nécessaire pour nos « troupeaux », c'est-à-dire du nécessaire pour nos intérêts immédiats. Aujourd'hui comme alors, il est absolument nécessaire de passer d'un bord à l'autre, de peur que nos cadavres ne jonchent cette rive qui est en-deçà, ou que nous ne soyons la proie de cette affligeante dégénérescence qui affecta les tribus de Gad et de Manassé. Ils se fixèrent là, refusant de passer sur l'autre rive, au nom de leurs troupeaux. Nous venons de voir ce qu'était devenu le pays des Gadaréniens au temps de Jésus, des siècles plus tard. A l'heure actuelle, l'histoire n'a même pas retenu leur souvenir ; ils n'y ont contribué en rien.

On peut donc affirmer que la conversion (celle de Paul comme la nôtre) joue un rôle capital. Au début du récit, on trouve ces mots : « Et comme il était en chemin… ». Il y a davantage à espérer, à mon avis, d'un ennemi de Dieu qui est « en chemin » en toute sincérité, même s'il erre, que de ceux qui se disent amis de Dieu et qui ont depuis longtemps cessé de cheminer, mais font du « sur place », installés bien confortablement quelque part. Il y a plus d'espoir pour la conversion d'un ennemi, aussi répréhensible que soit son erreur, car l'erreur est alors le signe d'une soif intense pour Dieu, pour grand que soit le degré d'égarement, que pour la conversion de ceux qui, parmi nous, sont enfermés dans un cocon de doctrines et de credo irréprochables, et qui ne cheminent pas du tout ! Ces paroles : « il était en chemin » suscitent un frémissement dans mon esprit. Saul serait-il passé par cette conversion s'il avait cherché un lieu où on est à l'abri des coups durs, bien installé dans cette pensée orthodoxe traditionnelle dont se satisfaisaient la plupart de ses contemporains ? Mais alors qu'il était « en chemin » « tout à coup une lumière brilla du ciel comme un éclair autour de lui. » Je me demande si la condition, pour que nous aussi, nous recevions cette lumière-là, n'est pas, justement, d'être en chemin ? Il n'y a pas plus d'espoir pour nous d'être saisis par la lumière divine lorsque le Seigneur voit notre quête, que si nous nous satisfaisons de faire du « sur place ».

Mais tant que cette lumière-là n'a pas resplendi, tant qu'une lumière venue d'en haut n'a pas brillé en nous, nous sommes dans l'incapacité d'avancer. Toutes choses viennent de la main de Dieu, cette main puissante et souveraine. Et les yeux du Seigneur ne cessent de parcourir la terre, pour chercher ceux qui ont un cœur bien disposé envers lui.

En ce qui concerne Paul, alors même qu’il se comportait comme un athée, un ennemi de Dieu, « respirant menace et meurtre contre les disciples du Seigneur », plein de cette hostilité véhémente qui le caractérisait, il fut arrêté en chemin. Sans doute Dieu a t-il vu, malgré ses égarements, malgré son hostilité envers l'Église et envers la foi, incapable qu’il était d'articuler le Nom de Jésus sinon pour jurer et blasphémer, que son cœur avait soif de vérité, et qu’il consentait à être « en chemin ». Je crois qu'une telle disposition plaît à Dieu, y compris après la première rencontre avec lui ; c'est à dire que cette disposition doit être continuelle.

Combien j'apprécie la façon dont le Seigneur alla à la rencontre de Saul, qui tomba à terre et entendit une voix disant : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? ». Si on examine en quoi consiste exactement la conversion, la nature du retournement qu'elle produit obligatoirement, on voit que c'est cette persécution-là qui est l'erreur fatale. Si elle parvient à son terme, cette erreur nous amènera à persécuter Dieu et l'Église. « Pourquoi me persécutes-tu ? » Cette erreur consiste à accorder plus d'importance au « Moi » qui nous désigne qu'à la personne du Seigneur Lui-même. « Pourquoi me persécutes-tu ? », « Pourquoi célèbres-tu et élèves-tu tes intérêts personnels, ces intérêts tout imprégnés de piété, ces intérêts que tu crois sanctifiés, au-dessus de ma Personne ? » C'est maintenant qu'il me faut faire entièrement confiance au Saint Esprit, pour qu'il se saisisse de cette question si simple mais bien plus profonde que tout ce qu'on peut en dire, afin qu'il révèle à chacun le point capital : nous ne sommes pas convertis tant que la Personne du Seigneur n'a pas priorité sur ce « Moi » par lequel Il nous désigne. C'est là que se trouve le piège mortel, la possibilité de nous égarer complètement. Ce qui est tragique, c'est qu'il nous arrive de passer toute notre vie à mettre le « Moi », par lequel Dieu nous désigne, avant la Personne du Seigneur Lui-même, tout en étant remplis de piété. Il faut donc un arrachement à cette manière d'être, une correction radicale de la trajectoire. De ces deux réalités, il faut que l'une prenne le pas sur l'autre : que la Personne du Seigneur prenne le pas sur la nôtre. Sinon, assurément d'une manière ou d'une autre, nous persécutons Dieu : nous lui faisons obstacle, alors même que nous prétendons mettre toutes nos forces à son service ! N'est-ce pas là le fidèle portrait de Saul ? Notez-le bien : Saul n'avait rien de l'athée qui a délibérément pris position contre Dieu ; il était au contraire rempli de zèle pour Dieu. L'erreur qui lui fit persécuter le peuple de Dieu, et Dieu lui-même à travers Son peuple, était le fait d'un homme pieux qui, en dépit de toutes ses bonnes intentions, mettait sa propre personne au-dessus de la Personne de Dieu.

Où en êtes-vous ? Si un homme rempli d'intentions aussi droites et d'autant de zèle pour Dieu a pu commettre cette erreur si grave, si fatale (s'emparer des hérétiques et les ramener à Jérusalem), à combien plus forte raison ne sommes-nous pas capables de commettre une erreur aussi grave, aussi fatale ? Le cœur de la question est la motivation qui donne plus de place à notre propre « Moi » qu'à la Personne du Seigneur. Cette attitude est typique de l'Église actuelle, même dans ce qu'elle a de meilleur, de plus orthodoxe. Ce qui continue de primer, c'est notre « Moi ». Constamment nous nous posons la question : « Qu'est-ce que cela nous apporte ? » C'est le signe d'un entêtement, d'un égocentrisme spirituel que nous exprimons ainsi. De quelque manière qu'il s'exprime, il ne peut être délogé que par une conversion en profondeur. En réalité, la conversion, c'est cela.

Il est possible que nous soyons sauvés, et même remplis du Saint Esprit ; pourtant, ce problème profond que je viens d'évoquer reste parfois entier tant qu'une lumière ne viens pas du ciel pour nous faire plier face contre terre. N'assimilons-nous pas la Parole de Dieu de manière à la faire cadrer avec nos propres idées mentales préconçues et préétablies, ces préjugés qui servent à nous affirmer nous-mêmes, détournant ainsi à notre profit cette Parole par laquelle Dieu voudrait nous détrôner, et, s'il le faut, nous détruire. Je vais répéter ce que je viens de dire : Combien sommes-nous à avoir écouté la Parole, et à l'avoir reçue en la filtrant à travers notre subjectivité, en l'adaptant à tout ce qui, dans notre vie, est déjà bien en place, à nos propres critères ? Combien sommes-nous à avoir trouvé un moyen de faire cadrer cette Parole avec notre propre image de nous-mêmes, avec la spiritualité qui est la nôtre, la vocation qui est la nôtre ? Cette démarche irresponsable n'est rien moins qu’une manière de nous placer nous-mêmes au-dessus de la Parole, en décidant nous-mêmes de ce qui, dans cette Parole, pourra s'adapter sans douleur aux critères qui ont déjà reçu notre approbation. Au lieu de permettre à la Parole de détruire ces critères, nous nous élevons en arbitre au-dessus d'elle. Nous la modelons avec soin afin de pouvoir l'intérioriser confortablement ; nous la célébrons et la nommons « Parole de Dieu », nous applaudissons celui qui l'a apportée, et nous croyons qu'ainsi nous avons rendu service à Dieu.

Comprenez-vous pourquoi nous avons absolument besoin d'être convertis ? Cet égocentrisme atteint en nous des profondeurs que nous ne pouvons sonder. Comble de l'ironie, c'est dans le domaine spirituel qu'il pousse ses racines les plus profondes. Y a t-il pire offense à Dieu, pire moyen de donner plus d'importance à notre personne qu'à la Sienne, que cette façon d'entendre la Parole et de la recevoir de manière conditionnelle ? C'est un processus totalement irresponsable, auquel nous nous livrons depuis des années, passant ainsi à côté du vrai sens de cette Parole et des intentions de Dieu qui nous la dispense.

Aussi le Seigneur dit-il : « Arrêtez ! Je n'irai pas plus loin. Je n'ouvrirai pas les saints trésors de la foi apostolique à un peuple qui va s'en emparer et se les approprier de façon à les adapter à ses critères mentaux préexistants, car en ce faisant, il trouve le moyen d'élever ce que la Parole aurait dû détruire. » Dans la pratique, nous nous plaçons au-dessus de la Parole de Dieu, en décidant dans quelle mesure nous l'accepterons, dans quelle mesure nous lui ferons confiance. Nous décidons nous-mêmes jusqu'à quel point, en fait, nous l'intérioriserons et la mettrons en pratique. Est-ce que vous vous rendez compte que nous faisons cela sans cesse ? Notre Dieu est saint. Là, en notre présence, il épanche Son cœur pour nous, et voilà que nous calculons jusqu'à quel point nous allons décider de recevoir cette Parole-là et de nous y conformer ! Je crois que le malaise profond de l'Église s'explique par ce que je viens de dire. Voilà la raison pour laquelle l'Église manque tant de fraîcheur, la raison pour laquelle elle ne marche pas dans foi et dans la gloire ; la raison pour laquelle les cultes sont remplis de « prédications » plutôt que de la Parole de Dieu, dont le propre est d'exiger une réponse, un changement, ce qui est précisément pourquoi la Parole nous est donnée. Nous l'écoutons, mais sans être déterminés à la mettre en pratique. Nous nous bornons à en approuver le caractère biblique et à y prendre plaisir. Ne voyez-vous pas que nous nous approchons de la Parole avec toute une mentalité qui fait justement barrage à ce que cette Parole a de plus précieux, et à ce qu'il y a de plus précieux dans l'intention de Dieu ? Si nous ne permettons pas à la Parole de nous changer, existe-t-il quelque autre moyen par lequel nous puissions être changés ?

Nous ouvrons-nous totalement à la Parole, nous dépouillant de tout à-priori, afin qu'elle fasse son œuvre en nous jusqu'au bout ? Consentons-nous à dire : « Seigneur, Qu'il me soit fait selon ta Parole ? » Je ne sais où cela me mènera. Cela pourrait entraîner la perte de mes biens, de mon niveau de vie, de toute ma façon d'être ; la perte de ce pourquoi j'ai travaillé depuis si longtemps, des choses qui ne sont pas intrinsèquement mauvaises. Mais tant que nous ne parvenons pas à cette attitude de cœur qui consiste à demander sans cesse, chaque fois que nous entendons la Parole, « Qu'il me soit fait selon ta Parole », nous ôtons à cette Parole son caractère divin et nous ne lui permettons pas d'accomplir son œuvre en nous. Nous la réduisons à l'état de banale « prédication » dont nous nous réservons le droit d'approuver ou de rejeter.

A quoi Marie s'engagea t-elle quand elle répondit : « Qu'il me soit fait selon ta parole ». A rien de moins qu'à l'acceptation d'une grossesse qu'elle ne saurait expliquer à personne dans cette génération de gens pieux, remplis de leur propre-justice, disposés à lapider à mort sur le seuil de la maison paternelle toute femme enceinte pour des raisons suspectes. Même encore, le Talmud, ce commentaire rabbinique, fait allusion à Marie de façon voilée et suggère qu'elle était enceinte de quelque soldat romain. Est-il possible de rendre compte autrement d'une grossesse inexplicable ? Quand Marie déclara : « Qu'il me soit fait selon ta parole », elle voulait dire : « Je consens à accepter toutes les conséquences de cette parole, même si elle devait attirer sur moi une mort déshonorante, alors qu'en réalité, je suis une vierge en Israël. »

Écoutez bien : lorsque Dieu trouve un cœur tel que celui-là, il n'y a pas de limite à l'œuvre divine qui peut alors commencer. Quand je pense à ce que les chrétiens pourraient représenter dans l'œuvre divine des temps de la fin pour un monde ébranlé et détruit par la violence, la souillure, les perversions et les corruptions en tous genres, pour ce monde qui attend les envoyés de Dieu, je sens quelque chose comme de la frustration de la part du Seigneur, qui ne peut accomplir ces choses que lorsque les Siens reçoivent sa Parole dans cette même disposition que celle de Marie ; en acceptant toutes les conséquences quelles qu'elles soient ! « Seigneur, qu'il me soit fait selon ta Parole. »

Si vous acceptez dans votre cœur la pensée d'être inévitablement conduit à une mort sous une forme ou sous une autre, vous vous épargnerez l'exaspération inutile qu'il y a à se demander quelle forme prendra l'accomplissement de cette Parole dans votre cas particulier. Qu'il s'agisse de lapidation sur le seuil de la maison paternelle, de disgrâce, de rejet par les hommes, d'hostilité, d'incompréhension, d’accusations, d'invectives ou de quelque autre opprobre, avec tous les dangers physiques ou moraux qui s'y attachent, qu'importe ? Dieu attend toujours, et n'a jamais eu d'autre point de départ pour ses œuvres, en dehors de celui qui dira : « Qu'il me soit fait selon ta Parole ».

Soyons attentifs à la réaction de Saul quand il se retrouva en face de Jésus qui lui disait : « Saul, tu as célébré et exalté ta propre personne en lui donnant plus de place qu'à la Mienne ». Saul prononça une parole forte, une parole apostolique, dont l'écho a retenti tout au long de la carrière qui s'ensuivit : « Que dois-je faire Seigneur ? » Je tiens à ajouter que chaque fois que nous prononçons le mot « Seigneur » sans que ce terme implique tout ce que Paul a dit « Que dois-je faire ? », nous abusons d’une chose sainte et nous prenons le Nom du Seigneur en vain. Bien-aimés, j'ai une question à vous poser. Quand avez-vous, pour le dernière fois, passé avec Dieu un contrat qui vous engageait de façon aussi inconditionnelle que cet acte initial de Paul au début de son parcours apostolique ? Cette question qu'il posa inclut toutes les autres questions possibles : « Que dois-je faire Seigneur ? » Pas l'ombre d'un « si », ni d'un « mais », ni d'une condition quelconque. Ni stipulation, ni garantie, ni requête ; il ne demanda même pas d'être illuminé, de comprendre, ni de recevoir quelque explication. Si le Seigneur est le Seigneur, nous n'avons qu'une seule chose à faire : tomber à terre devant Lui, en élevant vers Lui ce seul cri dont l'écho durera aussi longtemps que durera notre vie terrestre : « Que dois-je faire Seigneur ? » Nous ne demandons cette chose q’une seule fois, mais soit son écho retentit jusqu'à la fin de nos jours, ou bien notre vie n'est pas conforme à « la doctrine des apôtres ». Toute parole qui sort de notre bouche, tout service que nous accomplissons, doit émaner de cette unique question : « Que dois-je faire Seigneur ?»

Combien de vies chrétiennes sont infructueuses ! Combien d'appels divins en suspens, dans l'attente de cette exclamation : « Que dois-je faire Seigneur ? » et qui n'est pas encore parvenue aux oreilles de Dieu, n'a pas été prononcée devant Lui, et ce, sans l'ombre d'une réserve, par des hommes et des femmes qui ont déposé toutes leurs conditions humaines et naturelles ? Cette parole est l'expression de l'abandon total, de l'abandon scripturaire. Et tant que le Seigneur ne l'a pas entendue, il ne vous dira pas ce que vous avez à faire. Qu'il y ait des œuvres à accomplir, c'est l'évidence même. Mais elles ne pourront être accomplies que dans la puissance que Dieu confère à ceux à qui Il peut confier de telles œuvres. L'Esprit est donné sans mesure à ces fils dont le but n'est plus de se satisfaire à eux-mêmes, et qui désormais ne vivent plus pour eux-mêmes, mais qui puisent leur vie dans cette seule question : « Que dois-je faire Seigneur ? »

Vivre ainsi, c'est la vraie vie ! Tout ce qui reste en-deçà est carence et restriction. Tout ce qui reste en-deçà est d'ordre inférieur et inadéquat. En-deçà, on s'expose aux craintes, aux doutes, à l'instabilité, à tout ce qui rend infirme, entraîné dans le compromis, attirant l'attention sur nous. Nous ne connaissons la libération que lorsqu'enfin nous en venons à dire au Seigneur, du fond de notre être, que nous Lui donnons tout ce qu'Il désire, que nous Lui donnons ce qu'Il ne peut ni commander ni contraindre, cette réponse qui ne peut être donnée que sans réserve, en toute liberté, en toute gratuité. Tant que nous n'avons pas fait cela, nous aurons beau prendre le ton le plus pieux, nous ne L'avons pas encore reconnu comme Seigneur.

« Que dois-je faire Seigneur ? » Invariablement, je crois que cette question reçoit la même réponse, quoique celle-ci prenne des formes infiniment variées : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon Nom. » Il n'est guère étonnant que nous nous abstenions de poser la question ! Comme elle est juste, cette impression qui nous fait pressentir que la réponse sera infailliblement celle-là. Mais, chers amis, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, je vous dis qu'à toute souffrance découlant de l'obéissance au Seigneur s'attache une gloire ineffable, une récompense éternelle, et une joie qui demeure, même au milieu de la souffrance, de la détresse, de l'incompréhension humaine, et de l'opprobre provenant d'une obéissance impliquant des actes. Demandons-nous si depuis le début de notre marche chrétienne, à un moment ou à un autre, nous avons posé à Dieu cette question : « Que dois-je faire Seigneur ? », avec l'intention de Lui obéir inconditionnellement, et pas simplement pour obtenir une réponse ponctuelle liée à la situation du moment, mais afin de vivre tout le reste de notre vie dans la lumière de cette question.

Il n'existera d'Église apostolique que lorsque cette question-là sera posée, et restera posée en permanence.

« Mais, direz-vous peut-être, J'ai une profession ; j’ai des engagements, je ne suis pas un de ces « fous pour Jésus », un radical du genre de Paul. Il n'avait pas grand-chose à perdre, lui. Mais moi, j'ai une famille et des responsabilités professionnelles. » En fait, Paul était le plus brillant des disciples du Rabbin Gamaliel. Si jamais homme a renié une carrière religieuse des plus prometteuses en s’exclamant ainsi, compromettant ainsi un parcours qui lui aurait rapporté la gloire dans le monde de l'orthodoxie juive encore aujourd'hui, c'est bien Paul. Mais il a abandonné toutes ces choses, les appelant « des ordures » le jour où il a posé la seule question divinement acceptable, à Son Créateur : « Que dois-je faire ? » Peu importent les retombées, peu importent les pertes : Tu es Seigneur, et à moins que tu ne sois le Seigneur de cette question, tout ce que je pourrais avoir la présomption de dire en Ton Nom serait dérision, contrefaçon, exercice religieux qui dans le meilleur des cas n'atteint pas à la gloire de Dieu ! »

Et retenez bien ceci : l'ironie de la situation est que si vous persévérez dans cet exercice, dans les derniers temps vous ne vous retrouverez pas parmi les persécutés, mais parmi les persécuteurs ! Des forces très grandes sont constamment à l'œuvre et nous jettent soit dans l'une, soit dans l'autre de ces deux positions : celle de l'apostolicité, ou bien celle de l'apostasie finale ! En effet, « l'amour du plus grand nombre sera refroidi ». Les derniers temps seront ceux de la grande apostasie, de la chute de beaucoup, de ceux qui ne seront pas parvenus à suivre le Seigneur partout où Il veut les conduire, et se seront laissés happer par le tourbillon de tout ce qui est inférieur aux exigences des Écritures. Pour eux, « la doctrine des apôtres » devient une offense ; ils deviennent les ennemis et les persécuteurs de ceux qui proclament cet enseignement. Telle sera la fin de ceux dont le « Moi » prend plus de place que le Seigneur Lui-même.

La révélation de la personne du Seigneur ne peut nous être donnée que si nous nous donnons à Lui sans réserve. Il ne va pas dilapider ce trésor qu'est la connaissance de Sa Personne selon la vérité, à moins qu'Il ne voie devant Lui un peuple disposé à Le servir dans la vérité. Et pour le moment, ce peuple est aux prises avec une image tronquée, une représentation insuffisante de Dieu. Si nous Le connaissions vraiment, nous verrions à quel point notre vie spirituelle se trouve paralysée parce que nous sommes incapables de nous élever au-dessus de notre vision tronquée de Jésus. Nous avons assimilé l'image de Jésus, nous l'avons filtrée au travers de notre subjectivité pour servir nos propres buts. Il nous faut poser cette question solennellement et en toute vérité : « Qui es-tu Seigneur ? »

Pour ma part, je me suis rendu coupable d'avoir dit « Seigneur » à la légère, par facilité. Qui ne l'a jamais fait ? Et je suis obligé de reconnaître, à la lumière de ce qui vient d’être dit, que je ne Le connais pas comme je devrais Le connaître ; « Qui es-tu Seigneur? »

Sa réponse est : « Je suis celui qui suis. Je serai celui que je serai. Je suis Jésus. Je ne suis pas ton camarade, je ne suis pas là premièrement pour te dépanner dans l'existence, ou pour réparer ton union conjugale, bien que je fasse aussi toutes ces choses-là. Je suis plus élevé que tous tes besoins. Je suis Jésus. »

A moins que nous ne recevions cette révélation, et que nous ne la recevions face contre terre, nous sommes inaptes au moindre service chrétien. Notre service ne peut s'élever au-dessus de ce que nous connaissons réellement de Dieu. Notre service est le reflet de cette connaissance. N'est-ce pas pour cette raison-là que nous sommes victimes de ministères médiocres ? N'est-ce pas pour cette raison-là qu'on nous convie à « accepter » le Seigneur, et à répéter une prière ? Louons Dieu de ce qu'Il honore de telles démarches ; mais voyez à quel point nos vies sont faibles et pauvres, combien d’erreurs nous avons commises ; faisant d’innombrables choses qui exposent le fait que nous n’avons jamais eu de véritable commencement !

Jamais nous n'avons connu le Seigneur comme il aurait fallu, et pourtant nous voilà en train de « chanter ses louanges », ou du moins, c'est ce qu'il nous semble. Et les puissances des ténèbres qui sont « dans les lieux célestes » se repaissent de voir perpétuer de tels usages, car cela ne les gêne en rien, cela ne les effraie en rien. Allez-y, continuez la ronde de vos cultes et de vos programmes. Rien de tout cela ne met en péril le royaume des ténèbres parce que vous n'avez pas la possibilité de vous élever au-dessus de votre connaissance insuffisante de Dieu. Prononcer le nom de Dieu tient de la récitation, de la formule ; cela reste superficiel et n’a aucune puissance.

Seul celui qui est passé par la conversion profonde, qui est tombé face contre terre et doit être relevé comme un aveugle, celui qui ne regarde plus à l'homme, quel que soit cet homme, celui qu'on doit conduire par la main comme un enfant, celui-là seul est capable de menacer le royaume des ténèbres ! Combien, parmi nous, désirent être conduits ainsi, emmenés comme de petits enfants dont on tient la main ? Voilà que Saul, le plus brillant des disciples du Rabbin Gamaliel, Saul, qui savait réciter des livres entiers de la Bible avec interprétation rabbinique à l'appui, gisait à terre, aveugle, complètement écrasé par la parole que lui avait adressée cette Voix qui l'appelait par son nom. Quand il se releva, il ne voyait toujours rien, à cause de cette lumière. Il fallut le conduire par la main, et à partir de ce moment là il cessa pour toujours de regarder à l'homme. Plus jamais, il ne porta sur les hommes le regard que nous portons sur eux, (cf. 2 Cor. 5 :16) nous qui sommes apeurés, intimidés, entraînés dans les compromis. Dans notre vie chrétienne, la crainte de l'homme pèse si lourd ! Elle a le pouvoir terrible de nous opprimer parce que jamais encore nous ne sommes tombés à terre, pour nous relever aveuglés par cette lumière-là qui empêche à tout jamais de regarder à l'homme, y compris à nous-mêmes dans ce que nous avons de trop humain.

Il faut que je vous dise maintenant quelle est la duperie la plus cruelle et la plus subtile : c'est notre souci d'être compris, d'être perçus, spirituellement parlant, comme nous voudrions l'être par les hommes. Jusqu'à ce que nous cessions de regarder à l'homme, y compris à l'homme spirituel que nous pensons être ou désirons être aux yeux d'autrui, nous sommes incapables de servir Dieu selon Ses critères. Il nous faut être si parfaitement dépouillés de ce « Moi », si bien affranchis de tout souci concernant cet homme-là, cet ultime séducteur, subtil et cruel entre tous, qui, lorsque nous avons renoncé à toutes les autres séductions, a encore le pouvoir de nous trahir et de nous entraîner dans le compromis. Ce « Moi » désire toujours entretenir en nous le besoin d'être compris par les hommes de la façon dont nous, nous désirons être compris et approuvés. Il nous faut parvenir au point où nous ne regardons plus à aucun homme, quel qu'il soit : même pas à nous-mêmes ni à notre propre regard.

Aussi, Paul pouvait-il dire : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ », sans une ombre d'arrogance ni de témérité. C'est nous qui le trouvons arrogant, parce que nous projetons sur lui cet ego dans lequel nous vivons encore, car nous ne sommes pas tombés face contre terre, nous n'avons pas été aveuglés par cette lumière divine qui l'avait rendu aveugle. Vous projetez sur lui votre propre idée de « l'homme », vous pensez que cette déclaration émane de son ego, parce que vous ne comprenez pas un homme qui a cessé de regarder à l'homme et qui ne tient plus compte de lui-même. Il n'a plus besoin d'être reconnu, il peut se laisser mépriser, rejeter, traiter comme le rebut du monde, parce qu'il ne regarde plus à l'homme. Cette lumière venue d'en haut l'a aveuglé une fois pour toutes à cette manière de voir qui fait de nous des infirmes spirituels, à ce regard que nous portons sur nous-mêmes ; nous nous privons par là de notre simplicité spirituelle et donnons dans le compromis.

Tout tremblant et stupéfait, il dit : « Que dois-je faire Seigneur ? » J'hésite à faire à vous inviter à dire : « Que dois-je faire Seigneur ? » Car, bien sûr, vous le direz ; mais vous n'en serez pas transformés pour autant car il faut, pour le dire, s’abandonner sans aucune réserve. A Dieu ne plaise que cela devienne l'ultime contrefaçon, la pire et la plus cruelle des contrefaçons, par un appel auquel nous n'avons aucune peine à répondre par nous-mêmes. Ne pratiquons-nous pas déjà cela avec ce que nous appelons nos repentances, nos confessions, et autres déclarations auxquelles nous nous livrons un peu trop facilement ? Vous reconnaîtrez qu'une démarche est authentique à ceci : elle vous fait passer par mille morts. Méfiez-vous de tout de ce qui est facile, peu coûteux, tout en étant correct. La plus cruelle des désillusions, c'est de découvrir qu'une démarche apparemment irréprochable était mensongère. C'est stupéfait et tout tremblant qu'il faut dire : « Que dois-je faire Seigneur ? »

Soyez assurés que si vous prononcez cette parole, le Seigneur qui l'a inspirée entendra celle que vous prononcerez et vous prendra au mot. Votre vie sera changée une fois que vous aurez dit cette parole. Des éléments qui restaient bloqués se mettront à bouger, car ils attendaient cette déclaration qui doit venir de vous, et qui ne peut être faite droitement que si elle est véridique, s'il ne s'agit pas d'un réflexe religieux, mais d’un véritable engagement. Voilà comment on passe d'un bord à l'autre.

Nous sommes nombreux à avoir déjà dit : « Que dois-je faire Seigneur ? », mais dans le seul cadre d'une détresse particulière, ou d’un besoin précis. Mais combien, parmi nous, ont mis en cause le fondement même de leur existence en posant cette question, une fois pour toutes, dans un abandon total, déterminés à ne jamais reprendre ce qu'ils ont donné ? Une fois qu'on a dit une telle parole, il est impossible de reprendre ce qu'on a dit, (cf. Gal. 2 :18). Quelque chose a été enregistré dans les archives célestes. La parole a retenti en présence de témoins, devant les principautés et les puissances de l'air ; une fois pour toutes ! Cela demande un degré d'abandon auquel rien, dans ce monde, ne nous a préparés.

Notre monde est celui du relativisme, et le relativisme de ce qui ne coûte rien et ne vaut rien ; de ce qui entre par une oreille et ressort par l'autre. C'est le règne des « peut-être bien », des « j'imagine », des « je suppose ». Ce monde fuit et méprise le caractère absolu de Dieu ; il est donc incapable de rencontrer Dieu sur le terrain de l'absolu. Rencontrer Dieu sur ce terrain-là, dans l'absolu, en se donnant à lui sans réserve, c'est quitter une fois pour toutes ce monde où règnent le compromis et le relativisme, pour connaître le caractère absolu du Royaume des cieux

Quand on réitère cette question sans cesse tout au long de sa vie, alors on est converti.

Où en êtes-vous ? Dans quelle situation êtes-vous ? Êtes-vous simplement « sauvé », ou bien êtes-vous converti ? Dès l'instant où Dieu entendra votre déclaration, Lui qui attend depuis si longtemps, il répondra : « Lève-toi, et entre dans la ville ; et il te sera dit ce que tu dois faire. » Mais avant de recevoir une instruction, avant d'être sûr de ce qu'il faut faire, nous devons nous lever et aller. Se lever ainsi, c'est avoir part à la force et à la puissance de la vie de résurrection elle-même ! Remonter ainsi de la mort dans laquelle vous êtes descendu, en tombant comme mort devant cette lumière, ce n'est nullement « rassembler vos propres forces » ; c'est recevoir une force communiquée par la vie même du Seigneur. Se lever ainsi et aller, c'est être appelé à des choses qui dépassent totalement nos capacités naturelles. C'est une exigence qui nous transporte sur le terrain de la résurrection. Voilà ce qui rend glorieuse l'œuvre apostolique. Voilà pourquoi Paul, ce grand apôtre, était celui qui ponctuait le plus souvent ses prières par cette exclamation : « Qui est suffisant pour ces choses ? »

Mais, chers amis, Dieu nous appelle à Le servir dans une dimension qui dépasse toutes nos capacités naturelles. Il dit : « lève-toi et va ». Lorsqu'il dit « lève-toi », il ne s'agit pas d'une simple invitation, mais d'une communication de cette vie promise à celui qui a perdu tout espoir de servir Dieu selon ses propres capacités.

Il est clair qu'il s'agit de bien autre chose que de capacités naturelles. Personne ne se lève et ne va, si ce n'est dans la puissance de cette vie indestructible qui releva Jésus d'entre les morts. Cette vie qui nous relèvera, nous aussi, si nous consentons à nous laisser foudroyer et abaisser jusqu'à terre, pour devenir aveugles à tout ce que nous tenions pour une compétence, et à tout ce que nous célébrions comme étant irréprochable.

Comme tout est parfait dans cette conversion-là. Tous les éléments en ont été préparés dans le ciel par la sagesse éternelle qui veut que ce grand Saul, cette force de la nature, soit foudroyé par une lumière céleste plus brillante que le soleil de midi, et soit emmené par la main, dans l'impuissance totale, comme un enfant, pour qu'il connaisse la dépendance totale, gisant sur le sol comme un homme mort. Aveugle pendant trois jours et trois nuits, ne mangeant ni ne buvant, il fit le bilan de ses conceptions religieuses. Le Seigneur mit à mort toute sa compréhension de la foi, tout son système « évangélique ». En effet, si Saul devait devenir un don de Dieu à l'Église, il fallait que sa compréhension soit donnée par Dieu. Dans cette dépendance totale à laquelle Dieu le réduisit, Saul était heureux de ce qu'un serviteur obéissant vienne, malgré ses craintes personnelles, accomplir ce que Dieu avait ordonné : imposer les mains sur Saul, pour que celui-ci puisse voir. Il fallait que Dieu enseigne, à ce prince parmi les apôtres, le mystère, le caractère particulier du Corps de Christ, et cela dès le premier pas de sa marche apostolique. Or c'est là une leçon que beaucoup d'entre nous n'avons pas comprise, pas vécue, quoique nous en utilisions le vocabulaire. C'est par révélation que cela se communique ; sinon, on demeure aveugle.

Nous avons beau avoir sur les lèvres le terme "Corps de Christ", c'est comme une nouvelle mode, un nouveau vocabulaire avec lequel nous jonglons et nous nous exprimons, mais la réalité continue de nous échapper si nous n'en avons pas reçu la révélation. Peut être est-ce pour cela que nous sommes dans cet état qui est le nôtre. Nous n'avons que le vocabulaire : il nous manque d'avoir accueilli une réalité profondément humiliante, qui ne peut nous être communiquée que par l'opération du Corps sans apparence ni éclat.

Mes amis, ce « lève-toi et marche » ne signifie pas forcément qu'il y aura des changements visibles dans notre existence. Vous n'en irez pas moins au travail demain ; vous retrouverez votre maison comme à l'accoutumée. En fait, rien n'aura changé dans les circonstances extérieures, et pourtant, intérieurement et en profondeur, tout aura changé. Ce « lève-toi et va » met en mouvement toute une dynamique céleste, ce mouvement révolutionnera nos vies.

Il ne nous appartient donc pas de nous évertuer, de nous demander ce que nous avons à faire, une fois que vous aurez répondu au Seigneur. Une fois la réponse donnée, ce « lève-toi et va » sera mis en place par Dieu, aura sa logique interne, et se déploiera. « Il te sera dit ce que tu dois faire ». Comme Abraham, vous vous entendrez dire : « Sors de ton et de ta parenté et viens au pays que je te montrerai. » Il y aura toujours cette dimension du futur, qui nous obligera à nous attacher avec tremblement au Seigneur ; et il ne manquera pas de nous montrer ce que nous aurons à faire le lendemain ou à l'instant d'après. Ce n'est pas le genre de vie à laquelle notre « chrétienté » nous a préparé : nous voulons savoir, être assurés, contrôler d'une main ferme nos propres actions, nos motivations, et les retombées de nos actions. Mais Dieu dit : « Il te sera dit ce que tu dois faire. »

« Et maintenant, Seigneur ? » devrez-vous dire. Vous ne pourrez pas vous appuyer sur vos idées ; vous ne pourrez que vous attacher à ce que donne, instant après instant, le Dieu qui nous a appelés, qui nous appelle à une dépendance si totale envers Lui qu'il faut faire violence à toute la force, à toute l'assurance que le monde voudrait mettre en nous. C'est ainsi que vit un pèlerin, et on ne s'y habitue jamais.

Les réussites d'hier ne suffiront pas pour aujourd'hui. A présent, les conséquences ont encore plus de poids ; notre enjeu, c'est la vie ou la mort ; c'est de l'éternité qu'il s'agit. Qui donc est suffisant pour apporter une parole semblable ? Quand on se lève et qu'on va, c'est à dire quand on commence à parler, on est conduit. Mais il faut vivre avec la tension que cela implique, comme le firent Abraham et tous les vrais chrétiens qui ont répondu à un appel de cette nature, car il y a des choses qu'on doit absolument faire : des choses que personne d'autre ne peut accomplir, qui ne seront confiées à personne d'autre. Elles deviennent claires ; il s'agit d'une œuvre préparée d'avance, d'une obligation qui est la vôtre. Mais Dieu n'est pas libre d'en donner la révélation ; de la rendre manifeste, tant qu'il ne vous a pas entendu dire : « Que dois-je faire Seigneur ? »

« On te dira ce que tu dois faire, dit le Seigneur, quand tu consentiras à soumettre ta personne à la mienne, une fois pour toutes ». Alors, votre but, votre vocation et vos motivations pourront être révélés, rendus manifestes. Ce ne sera pas ce que vous imaginiez, ce sera ce que le Seigneur a voulu pour vous, ce que désormais il vous montrera. Les conditions seront alors réunies pour que Dieu procède à œuvrer, révèle la raison d'être qui est la nôtre et qui a des conséquences éternelles. Voilà l'antidote à l'ennui religieux. Voilà la foi parfaitement sérieuse qui convainc même nos propres enfants.

Savez-vous à quel signe on reconnaît que nous sommes parvenus à l'authenticité chrétienne ? C'est au fait que nous arrivons à convaincre même nos propres enfants que ce que nous faisons est authentique et sérieux. Ces enfants ont un flair extraordinaire pour juger du degré de sérieux de leurs parents et des autres adultes. Ils se posent la question : « Dans quelle mesure est-ce que cela m'engage, moi aussi, bien que je sois jeune ? S'agit-il simplement d'une activité comme une autre, à laquelle ces adultes s'adonnent, parce qu'il se trouve que ceci leur plait ? » Nous saurons que nous sommes parvenus à l'authenticité chrétienne en tant que corps quand nous aurons convaincu nos propres enfants ! Si nous n'avons pas su convaincre nos enfants, les conséquences négatives dépasseront tout ce que nous pouvons imaginer.

Nous nous satisfaisons, pour l'instant, d'une situation inférieure au projet sacrificiel de Dieu, et nous acceptons d'en rester là. Nous avons dépéri en nous complaisant du mauvais côté du fleuve, là où sont les beaux pâturages qui profitent à notre chair. Dans pratiquement toutes les familles, cela entraîne, pour le Royaume, des pertes incalculables. Tant que nous en restons là, nos meilleurs efforts religieux n'ont-ils pas consisté à « persécuter les saints », à les bercer, à les endormir pour qu'ils se contentent d'une situation inférieure, alors que, comble de l'ironie, nous parlons le langage « apostolique », « prophétique » ? Jésus a dit à Saul : « En persécutant l'Église, c'est moi que tu as persécuté. » Ne sommes-nous pas coupables d'avoir persécuté l'Église si nous lui avons dispensé quelque service inférieur à ce qui est donné d'en haut ? N'est-ce pas dépouiller les chrétiens que de les encourager à penser que la justesse doctrinale et la formulation verbale correcte de la vérité sont, en fait, la vérité elle-même ? N'est-ce pas une façon de nous figurer que nous sommes parvenus au but, alors que nous n'avons même pas encore posé le pied en terre promise (ne parlons pas d'en avoir conquis les villes fortes) ? Ne sommes-nous pas encore du côté du désert ? N'avons-nous pas persécuté l'Église en lui donnant moins que son dû, tout en apposant sur nos activités l'étiquette « apostolique » ou « prophétique », condamnant ainsi ceux qui nous écoutent à dépérir dans le désert sans même qu'ils se rendent compte de leur état ?

Alors Saul se releva de terre ; quand ses yeux s'ouvrirent, il ne regarda plus à l'homme. Plus jamais il ne devait regarder à l'homme, ni craindre l'homme. Il avait trouvé la clé de l'intrépidité apostolique, de la témérité qui exclut tout compromis : regarder à Dieu seul. Tout, désormais, serait pour l'amour de Dieu, et plus rien pour l'amour de lui-même. Cela ressort des écrits de Paul. Jamais il ne dit : faites cela pour l'amour de moi. L'amour de lui-même n'a plus droit de cité. Tout est pour l'amour des autres et pour l'amour de Dieu. Quelle Église n'aurions-nous pas aujourd'hui si nos responsables étaient des hommes de cette trempe-là ! Tant qu'il n'en est pas ainsi, nous supportons des privations qui équivalent à une persécution ; les responsables de l'Église ont besoin de reconnaître cela et de tomber face contre terre devant Dieu.

L'homme qui avait persécuté le Corps de Christ, faute d'avoir reconnu le Chef de ce Corps, a reçu des yeux pour voir et a reçu la vision apostolique par l'imposition des mains du plus humble des membres du Corps. Dès le départ, ce prince parmi les apôtres apprit à quel point il dépendait du Corps. Il fut enseigné sur cet organisme extraordinaire qui glorifie Dieu par son existence même. Si nous ne gisons pas, aveugles, sans manger ni boire pendant trois jours (c'est-à-dire en abandonnant nos critères et pensées traditionnels), nous ne verrons rien et serons condamnés à employer l'expression « Corps de Christ » alors qu'en fait, nous ne sommes même pas reliés à ce Corps ; et pourtant, nous ne cessons de le célébrer en croyant qu'ainsi nous rendons un culte à Dieu !

« Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles… et se levant … ». C'est, je l'espère, ce qui se passe en ce moment. « Et aussitôt il prêcha Jésus dans les synagogues disant que lui est le Fils de Dieu. » Et aussitôt, du même coup, Paul s'exposa à l'hostilité, aux persécutions de ces hommes qui vouent une haine particulièrement virulente à tout ce qui est authentiquement apostolique. Ils ne peuvent pas supporter cette véracité qui les interpelle ! « Exterminons cet individu-là, dirent-ils, il n'est pas digne de rester en vie ! » Ils proféraient des accusations, ils déchiraient leurs vêtements, et ils jetaient de la poussière en l'air. Qu'a donc de particulier un converti pour que les puissances des ténèbres se déchaînent et se mettent à écumer autant de rage, pour que des hommes soient à ce point hors d'eux, enragés, remplis d'un esprit de fureur, incapables de supporter qu'un tel homme reste en vie ? Quel homme, quel homme céleste ! Quel serviteur pour l'Église, pour l'amour de l'Église et pour l'amour de Dieu ! Voilà l'oubli de soi qui œuvre jour et nuit, qui annonce tout le conseil de Dieu sans trembler à la pensée que ce conseil peut être soit compris et accepté, soit rejeté et considéré comme un scandale. Un tel homme ne se soucie pas des conséquences que cela entraînera pour lui-même, car tout au long de son existence retentit l'écho de cette déclaration suprême : « Que dois-je faire Seigneur ? »

Inclinons-nous maintenant devant le Dieu de Paul, ce Dieu dont le Nom demeure « Je suis », et « Jésus ». Il y a beaucoup de sauvés et peu de convertis. La conversion est un abandon sans réserve, ou bien elle n'est pas. Il s'agit du don inconditionnel de soi-même à Dieu par l'Esprit, chose que le monde ne peut souffrir, et qu'il combattra toujours, parfois à mort. Mais les œuvres qu'accomplit un tel homme ont des conséquences éternelles.

Alors, au Nom de Jésus, je vous invite à répondre avec crainte, tout tremblants et stupéfaits, à ce Dieu qui a fait briller sur vous Sa lumière. Jetez à terre tout ce qui est d'ordre inférieur, même si la forme en est irréprochable et vous vaut les félicitations des hommes, même si votre âme y trouve ses délices, afin que Dieu vous relève en vue des œuvres que vous aurez à accomplir quand vous vous lèverez pour marcher. Pour marcher dans la puissance de cette vie qui est donnée là où l'on s'abaisse pour mettre à mort tout ce qui est inférieur. Que dans votre abaissement Dieu vous entende prononcer cette seule parole : « Que dois-je faire Seigneur ? »

Je crois qu'en ces instants il faut prendre le Seigneur à la lettre. Il attend cette déclaration explicite, en ces termes-là. Ne vous leurrez pas en vous disant qu'il y a moyen de passer avec Lui quelque accord secret, en silence ; installé dans votre confort. Ne vous dites-pas : « Le Seigneur comprend, et accepte cela ». C'est précisément ce genre de raisonnement qui nous a privés de la véracité, de l'authenticité, de l'autorité et de la puissance apostoliques. N'essayez pas de vous sauver la face au moyen de quelque arrangement privé et tourné à votre avantage ; dans lequel vous fixez les conditions. Il n’y a qu’un seul contrat, et c'est le Seigneur qui en fixe les termes ! Un don de vous-mêmes sans retenue, qui demande que vous vous abaissiez sans compromission, et que vous prononciez cette question qui ne souffre aucune ambiguïté : « Que dois-je faire Seigneur ? »

 

[ M E N U ] [ S U J E T ]

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