Le Repos de la Foi

Par J. C. M.

Le Légalisme

« Espérer parvenir au salut par un alliage de foi et d'œuvre est comparable à vouloir mettre un escargot et un éléphant au même joug! » Ainsi s'exprimait un ancien écrivain. Et c'est là justement l'erreur la plus répandue qui afflige l'église chrétienne aujourd'hui, surtout en ce qui concerne la sanctification.

Dans les conférences bibliques auxquelles j'ai pris part, j'ai souvent été frappé de la tendance négative des messages entendus. L'accent est généralement sur le NOUS « remédiant à nos manquements », NOS efforts à vivre « plus près du Seigneur », NOTRE « renouvellement de consécration » . . . etc. Toutes ces choses, bien sûr, ont leur place, mais ce qui est négatif doit toujours être équilibré par du positif. Et ce ne sont pas ces choses elles-mêmes qui sont l'essence d'une vie sanctifiée. Tout comme la justification est par grâce. . . par la foi, ainsi en est-il de la sanctification.

Le cri de bataille des réformateurs: « Le juste vivra par la foi » indique comment un homme peut entrer dans la vie, mais bien plus: c'est un moyen donné de Dieu pour le croyant, par lequel il peut vivre jour après jour dans la vie nouvelle que Christ lui a impartie. Le nouveau-né est vivant, mais ce n'est pas le tout. Si tout va normalement le bébé a devant lui de longues années au travers desquelles, de jour en jour, d'instant en instant, sa vie doit être vécue en harmonie avec les lois de la nature. Ainsi en est-il du chrétien. Il faut veiller à ne pas faire de l'expérience initiale du salut un but final, quand ce n'est que l'entrée dans une « vie nouvelle », vie qui doit être vécue jour après jour jusqu'au moment où nous Le verrons face à face, finalement transformés à Son image (1 Jean 3:2).

Parmi des notes d'étude biblique de Madame Penn-Lewis, récemment découvertes, une phrase semble à propos ici : « Le croyant doit être absolument sûr de sa position par grâce, parce que la grâce est la source de tout approvisionnement spirituel ». A ceux qui l'interrogeaient, Jean le Baptiseur dit ce qui suit: « Un homme ne peut rien recevoir à moins qu’il ne lui soit donné du ciel » (Jean 3:27). Tout, du commencement à la fin de la vie chrétienne, dépend d'une juste perception de ce que Dieu a accordé à l'homme avec et dans « Son propre Fils » (Romains 8:32).

Un des symptômes les plus alarmants de la condition de déclin que l'on trouve aujourd'hui chez bien des chrétiens, même évangéliques, est que tout en acceptant (du moins mentalement) le fait qu'ils ne peuvent être justifiés devant Dieu que par l'unique sacrifice de Golgotha offert pour le péché une fois pour toutes, ils se mettent à élaborer pour eux-mêmes un vrai code légal, cherchant ainsi par leurs propres efforts à vivre une vie sanctifiée. Il arrive alors que les plus consciencieux, constatant leur faillite dans ce domaine, deviennent les victimes de la condamnation de « l'accusateur » (Apocalypse 12:10), et ils viennent ainsi augmenter le nombre des chrétiens, hommes et femmes, qui sont constamment en proie au doute et à la crainte, et qui bien souvent, malgré une activité intense pour la cause de l'Évangile, souffrent amèrement de leur propre défaite.

Ceux qui sont moins consciencieux arrivent à couvrir leurs manquements et imperfections d'un revêtement de mérite acquis, et graduellement ils se laissent aller à une sorte de pharisaïsme égoïste, satisfaits d'eux-mêmes, mais impuissants. Ou bien ils se lancent dans les controverses sur quelqu'aspect de la vérité dont ils exagèrent l'importance et qui devient peu à peu pour eux la pierre de touche par laquelle ils jugent de tout. C'est la Croix qui est la pierre de touche de la foi. Et, le principe par lequel Dieu agit envers l'homme par la Croix est le seul antidote contre le poison de ces fruits de l'effort humain et des propres assertions de l'homme. On ne saurait trop insister là dessus !

Principes de Vie


Mais quels sont donc ces principes ? Le premier , dont bien peu de chrétiens ont la compréhension, est que la Croix est le décret de destruction issu de Dieu contre le système du monde entier tel qu'il est en tant que résultat d'un Adam déchu. « Maintenant », déclare le Seigneur à la veille de la crucifixion, « est le jugement de ce monde » (Jean 12:31). Les Écritures n'enseignent nulle part que Dieu aurait l'intention de réformer la nature humaine. Au contraire, l'accent persiste sur le fait que Son grand dessein est de créer, (et j'emploie ce mot délibérément dans le sens qu'en donne le dictionnaire, c'est à dire : « produire une chose, un être, qui n'existait pas »), créer dis-je, une nouvelle race façonnée selon l'image de Son Fils, « le premier-né d'entre les morts » (Colossiens 1:18).

Très tôt dans Son ministère, Jésus a énoncé ce principe dans Sa parabole du vieux vêtement rapiécé et du vin nouveau mis dans les vieilles outres. Dans Luc 5:39 le Seigneur termine Sa parabole en disant : « Et il n’y a personne qui ait bu du vieux, qui veuille aussitôt du nouveau, car il dit: Le vieux est meilleur. » Comme c'est exact! N'est-il pas vrai que l'on est peu disposé à accepter le verdict de Dieu à ce sujet, et souvent on préfère passer outre ?

Jusqu'à ce qu'on ait appris, parfois par d'amères expériences, que la vieille nature est incapable d'accomplir quoi que ce soit dans le domaine spirituel, on est comme Abraham qui plaidait: « Oh! qu'Ismaël vive devant Toi! » (Genèse 17:18). Paul traite de ce sujet sans compromis, afin d'être fidèle à la révélation qui lui était donnée de Dieu: « Mais que dit l'Écriture ? » demande-t-il, « Chasse la servante et son fils, car le fils de la servante n'héritera point avec le fils de la femme libre. » (Galates 4:30). Ce n'est pas l'enseignement général de ce sujet qui nous intéresse ici, mais plutôt la valeur de son application pratique pour notre vie individuelle et notre service.

Il est impossible pour qui que ce soit d'aller de l'avant dans la marche chrétienne tant que ce principe de la Croix de Christ n'a pas été accepté sans aucune réserve. L'enseignement moderne sur la consécration, qui n'est autre que la consécration du vieil homme, laisse de côté cette sentence de mort, aussi ne peut-elle conduire qu'à la désillusion et à l'échec. Quand, au contraire, nous sommes prêts en toute humilité à faire journellement de notre mort avec Christ la base de notre vie et de notre service, il n'y a rien qui puisse empêcher la nouvelle vie de jaillir en nous. Nous en serons radieux et pourrons alors répondre aux besoins des âmes assoiffées qui nous entourent.

Nous Sommes Morts en Christ

Ceci nous amène au second grand principe qu'il est urgent de faire ressortir. Mourir avec Christ n’est pas une chose que nous pouvons faire. C'est un fait accompli, qui a pris place alors qu'Il était cloué sur la Croix. Notre rôle consiste seulement à compter sur ce fait par la foi. Comment traduire cela en expérience pratique ? Deux simples questions et leurs réponses sont peut-être le meilleur moyen de l'expliquer. Où dois-je regarder pour savoir que mes péchés sont pardonnés ? A la Croix, sûrement, où Christ est mort pour tous, où je Le vois mourant pour moi, blessé pour mes transgressions ! Le Saint Esprit Lui-même m'a révélé ce merveilleux pardon donné en vertu de la mort d'Un Autre. Ne pouvons-nous donc pas faire un pas de plus et demander encore: Si je veux saisir et connaître en expérience quelque chose de mon union avec Christ dans Sa mort, dois-je aussi regarder à la Croix ? Certainement, puisqu'il est écrit: « Si un est mort pour tous, tous donc sont morts » (2 Corinthiens 5:14). Tandis que je regarde à la Croix je peux alors dire : « Seigneur, j'accepte du fond du cœur non seulement le fait que Tu es mort pour moi, mais que je suis mort moi aussi avec Toi ». C'est alors que le Saint Esprit enlève tout voile, donne l'assurance de cette vérité et conduit à l'expérience de sa puissance. Il n'est pas question de nous faire mourir nous-mêmes, mais c'est Dieu qui nous a « plantés » (cf. Romains 6 :5) dans la mort de Son Fils.

Il y a une telle subtilité dans les efforts propres que bien des chrétiens se sont épuisés à s'efforcer de « mourir », et cela en vain. Leur expérience en ce qui concerne le « tenez-vous vous mêmes pour morts » de Romains 6:11, n'a pas donné les résultats attendus, parce qu'ils ont cherché à s'emparer d'une vérité que seul le Saint Esprit peut révéler au cœur. Romains 6: 17 fait ressortir cette attitude de foi d'un cœur confiant et simple: « Or grâces à Dieu de ce que vous étiez esclaves du péché, mais de ce ensuite vous avez obéi de cœur à la forme de doctrine dans laquelle vous avez été instruits. » De quelle instruction t'agit-il donc ici ? Assurément de celle donnée dans les précédents versets de ce chapitre, à savoir, que nous sommes morts avec Christ afin que dès maintenant nous puissions vivre sur terre de Sa vie de Ressuscité et être ainsi Ses témoins.

Le Nouvel Homme

Nous en venons maintenant au principe final, celui que je tiens particulièrement à faire ressortir ici. Le « nouvel homme » que Dieu entend combler de Sa bénédiction et qu'Il veut employer à Sa gloire, c'est le nouvel homme en Christ. Lorsqu'on apprend le secret d'accepter de tout cœur ce dessein que Dieu a de détruire ce qui nous vient d'Adam et Son but de bénir seulement ce qui nous est imputé en Christ, on entre dans ce que les anciens appelaient « le repos de la foi ». La tension, la contrainte. . . ces traits caractéristiques de la vie et du service chrétien de nos jours, sont alors bannis. Il n'est plus nécessaire de supplier Dieu de nous « employer » ; plus nécessaire non plus d'être constamment préoccupé à savoir si notre sanctification est conforme à certains critères ! Loin aussi les vacillations suivant les circonstances et les opinions changeantes de certains! Car, tandis que sous la douce influence de l'éducation du Saint Esprit on tend à ce que l'expérience de la mort en Christ devienne de plus en plus réelle et profonde, spontanément et sans efforts Sa vie et Sa puissance se manifestent en nous.

« Le vrai renoncement à soi-même », écrit quelqu’un « comme tous les autres traits de la ressemblance à Christ est une chose dont on n'est pas conscient, comme Moïse qui ne savait pas que son visage était illuminé ». Mais, demanderez-vous, la trinité du mal : le monde, la chair et Satan, ne concentrent-ils pas leurs efforts à éteindre cette vie et réduire à néant cette puissance ? Oui, certainement !

Entrons avec John Bunyan (auteur du « Voyage du Pèlerin ») dans la maison de l'Interprète: « Alors je vis dans mon songe que l'interprète prit Chrétien par la main et le conduisit à un endroit où il y avait un feu qui brûlait au pied d'un mur, et quelqu'un qui se tenait là, constamment occupé à y jeter de l'eau pour l'éteindre; et pourtant les flammes s'élevaient toujours plus haut, Chrétien s'exclama: ‘Que veut dire cela ?’ L'interprète répondit: ‘Ce feu représente sente le travail de la grâce de Dieu qui agit dans nos cœurs. Celui qui cherche à l'éteindre, c'est le diable. Tu as observé que malgré cela le feu devient de plus en plus ardent. . . tu vas en connaître la raison.’ Il le conduisit de l'autre côté du mur où il vit un homme ayant en main un récipient d'huile que lui aussi versait, mais secrètement, dans le feu. »

N'en est-t-il pas de même aussi de la nature ? Au printemps, après l'aridité de l'hiver, tout se revêt d'une nouvelle beauté, par un secret renouveau de vie donné de Dieu. Si nous voulons bien, vous et moi, nous attendre au Saint Esprit de Dieu pour que la mort de Christ opère en nous son oeuvre libératrice, des sources de vie jailliront d'elles-mêmes.

Beaucoup s'inquiètent aujourd'hui de questions telles que: la puissance dans le service, l'autorité du croyant, et ainsi de suite. Les principes fondamentaux que nous venons de voir ensemble mettront de telles questions en juste perspective, et maintiendront le croyant dans un sain et humble équilibre qui sera une indication de la vraie spiritualité.

L'ennemi de nos âmes cherche, ou bien à nous retenir loin d'une parfaite union avec Christ par ses accusations persistantes et le constant rappel de nos manquements, ou il essaie de nous déséquilibrer parce que, sans voir la différence, nous cherchons à obtenir pour notre vieil homme les bénédictions et promesses qui sont exclusivement pour le nouvel homme en Christ. Satan cherche toujours à compliquer les choses, tandis que ce qui caractérise la vérité divine c'est sa simplicité. Dans les principes si simples que j'ai essayé d'exposer nous avons la réponse à ses accusations, ses flatteries, et au déséquilibre dans lequel il nous pousse, ou aux complications auxquelles il nous fait croire. II ne nous reste qu'à les mettre en pratique.

Je n'écris pas ces choses juste pour ceux qui en glaneront quelque lumière comme base de leurs messages, mais je désire que celui qui lit, le prenne comme une causerie entre lui et moi-même, moi qui cherche à appliquer ces principes dans ma propre vie, et éprouve en cela une grande joie. Comme c'est merveilleux de pouvoir échapper à soi-même ! N'est ce pas Martin Luther qui dit que le pape qu'il craignait était le « Pape Moi ». Je peux dire « amen » à cela, et, Dieu soit loué que même avec cette nature déchue et imparfaite qui est nôtre, nous pouvons dire: « Je suis crucifié avec Christ ». Ce n'est pas de la présomption ni quelque chose de méritoire pour nous de dire cela; c'est une absolue nécessité si nous voulons que Jésus se manifeste en nous et par nous, et qu'Il contemple le fruit de Ses labeurs et en soit rassasié de joie ! (Esaïe 53:11 ).

 

[ M E N U ] [ S U J E T ]

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