La Bénédiction de Celui qui n’est pas Scandalisé

Par J. S. H.

« Et bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi. »  Matthieu 11 :6

« Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. »  Jean 16 :1

L’un des plus grand dangers de la vie chrétienne se cache dans la voie commune du disciple, c’est le danger d’être scandalisé[1] en Christ.  La communion dans laquelle l’évangile nous appelle, apporte inévitablement une découverte constamment nouvelle et humiliante de nous-mêmes.  Elle apporte un trouble continuel à l’ordre établi dans nos vies, alors même que la volonté du Seigneur corrige et s’oppose à la nôtre, désirant, par des efforts incessants, que nous atteignions Son idéal – c'est à dire de rendre inlassablement nos vies conformes, en tant que disciples, à Celui qui est notre Chef.  Et le danger réside dans le fait que nous avons tendance à céder sous l’épreuve et l’éducation de cette vie de disciple, de faire demi-tour et de ne plus marcher avec Lui[2], de devenir, en fait, scandalisé en Lui.  Il est toujours possible de considérer, malgré toutes les confessions sincères de l’âme, que ce que Dieu pense en bien[3] devienne en fait, pour nous, une calamité de par nos appréciations erronées.  Il est toujours périlleusement possible que la lumière d’aujourd’hui devienne une obscurité profonde et impénétrable demain, de par notre désobéissance et de notre refus de Le suivre, par le fait que nos traînions des pieds, ou que nous nous détournions des conduites astreignantes que demande la communion de Christ.  Des hommes, par ces choses, se sont placés inconsciemment et imperceptiblement au delà de la portée des influences ordinaires de Christ ; et sont devenus, comme les épaves de l’océan, des occasions de danger et de désastre pour d’innombrables autres vies.

Mais Christ, avec Sa franchise absolue, par laquelle Il attirait les hommes à Lui, ne peut pas être tenu pour responsable pour de telles pitoyables défections.  Car Il ne cache jamais les autres possibilités, celles auxquelles nous ne pensons pas.  Dans Son Évangile, Il lie et la réception et l’avertissement comme personne ne l’a fait.  Alors même que Sa Parole nous ouvre le cœur le plus intime de Dieu à notre conscience, Lui ouvre aussi nos propres cœurs.  Par Lui nous parvenons à la connaissance du Père, et par Lui nous parvenons à la connaissance de nous-mêmes.  Il révèle l’entière fidélité de Dieu envers nous, et Il révèle tout autant l’instabilité de notre propre volonté ; et le fait que nos propres sentiments sont indignes de confiance.  Il ne nous considère pas comme des hommes idéaux mais comme nous sommes vraiment, et nous avertit de la destruction qui dévaste en plein midi[4], et de la peste qui marche dans les ténèbres4.  Ainsi, c’est à celui qui, d’entre nous, est le plus dévoué et convaincu, qu’Il déclare :  « Et bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi. »  L’implication de cette parole est évidente et solennelle.  Mais la réalité et la richesse de Sa grâce est la réponse toute-suffisante et toute-rassurante pour chacune de nos peurs.  La bénédiction de celui qui n’est pas scandalisé, malgré tous les dangers extérieurs et les faiblesses intérieures, est la possible acquisition de chacun d’entre nous.  Et ceci est vraiment une bénédiction.

Maintenant, il est nécessaire de se remémorer le sens du mot « offenser ».   Dans l’original il a la signification d’être scandalisé, et implique qu’il peut causer un achoppement.  Ainsi, nous pourrions traduire et élargir cette déclaration de Christ : « Bienheureux est celui qui ne trouve en Moi aucune occasion de chute, qui peut garder ses pieds dans Mes voies, qui n’est pas entravé par un quelconque obstacle dans le chemin dans lequel Je l’ai dirigé. »  Le Seigneur utilise ce mot assez souvent dans ce sens, comme, par exemple, Il parle de la main de l’homme ou de son oeil qui peuvent lui être une pierre d’achoppement[5] ; ou encore lorsqu’Il dénonce ceux qui provoquent les petits à la chute[6] ; ou aussi lorsqu’Il déclare que, dans le jour de Sa gloire, tous les scandales seront déracinés de Son Royaume.[7]

Mais Il ne l’utilise jamais de façon aussi surprenante que lorsqu’Il dit qu’il existe une possibilité que les hommes puissent trouver une occasion de chute en Lui.  Nous nous attendons à être scandalisé dans le monde, dans l’opposition du diable, dans l’insincérité des autres – mais en Lui !  C’est sûrement là le plus surprenant de tous ses avertissements.  Car en Lui nous avons déjà trouvé la vie et le salut, la conduite et la paix, l’inspiration et la satisfaction.  Mais maintenant, trouver en Lui une quelconque cause d’offense nous étonne fortement.  Que cette parole soit applicable aux hommes du monde, elle ne nous aurait aucunement surprise.  Par exemple, nous ne sommes pas trop étonnés lorsque nous voyons que ceux qui Le connaissaient familièrement Le traitaient avec dédain, disant : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? »[8] Nous ne sommes pas non plus pris au dépourvu lorsque nous voyons que les Pharisiens étaient offensés en Lui lorsqu’Il leur parlait de leurs mauvaises pensées, adultères, meurtres et tout le reste ; choses qui sortent du cœur de l’homme, car Ses paroles les convainquaient quant à leurs péchés.  Nous ne sommes pas surpris qu’Il soit un rocher de trébuchement envers ceux qui sont volontairement désobéissants à Ses commandements.  Mais que Ses propre amis, ceux qui Le connaissent vraiment, ceux qui ont été admis dans les intimités de la communion avec Lui, trouvent une occasion de scandale en Lui est plutôt singulier.  Et ce mystère nous avertit que nous devons prendre garde à nous-mêmes.

Les circonstances du premier exemple nous donnent la clef de la signification de cette chose.  Jean le baptiseur était en train de se languir dans une prison sur la rive de la mer Morte ; et ceci était le résultat d’une vie d’extrême fidélité.  Il avait été extraordinairement loyal envers Christ, extrêmement sérieux quant à sa mission, exceptionnellement courageux en délivrant le message qui lui avait été confié ; malgré ceci, tout se termina dans un donjon.  Quel épreuve pour un tel homme !  C’est comme si sa foi, sa propre restriction, sa volonté de se diminuer afin que Christ croisse, n’avaient aucunement été reconnues et avaient été sous-évaluées.  Son expérience contredisait tellement l’assurance divine, qu’il est facile de comprendre la perplexité de son âme qui le conduisit à envoyer ses disciples s’enquérir de Christ : « Es-tu celui qui vient ? »[9] Car il y en a Un qui s’est déclaré comme étant venu délivrer les captifs, et malgré cela Il ne délivre pas l’homme qui, plus qu’aucun autre, semblait avoir des prétentions à Son égard.  Il a proclamé Sa propre mission en termes de sympathie et d’amour pour ceux qui ont le cœur brisé, et malgré tout il y a un homme écrasé et dont le cœur est brisé mais qui ne semble pas faire l’objet des compassions de Christ.

N’est-ce pas alors surprenant, qu’à ce moment précis, le doute vainc la foi, et qu’il envoie les messagers à Christ dans l’espoir qu’Il déclare pleinement qui Il est, et afin qu’Il interprète cette expérience tellement inexplicable et contradictoire à celui qui, au coût d’un immense sacrifice, maintint une loyauté dévote envers le Fils de Dieu ?   La seule réponse de Christ à ces envoyés est la manifestation de Sa puissance souveraine sur les forces de destruction et de la mort, et la recommandation qu’ils devaient dire à Jean ce qu’ils voyaient, et de lui donner ce message qui appelle à une confiance renouvelée de sa part : « Bienheureux est quiconque qui n’aura pas été scandalisé en moi. »  Et ceci veut dire qu’alors même que la bénédiction est impartie, une mise à l’épreuve l’accompagnera toujours.  Son implication est qu’il n’y aura la vraie paix que pour celui qui mettra toute sa confiance en Christ alors même qu’il n’y aura aucune aide extérieure pour sa foi.  Il croira en Lui alors même que tout ce qu’il voit est une apparente répudiation de sa confiance, c’est celui qui tiendra ferme sa loyauté sans trébucher, alors que l’épreuve du Seigneur teste son endurance au plus haut degré.

La seconde parole de Christ nous aide à comprendre combien son message à Jean s’applique à nous : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. »  Ces paroles, prononcée la veille de Son départ, alors que des épreuves sévères allaient tester ceux qui Le suivaient, impliquent qu’ils devront ancrer leurs âmes sur les choses qu’Il a enseignées concernant Son dessein et Sa puissance, et ceci afin qu’ils évitent de trébucher et de Le renier.  Car ils sont prédestinés à vivre des expériences qui vont éprouver et examiner leur consécration, et « Dans ces jours-là », dit Christ, « soyez vrais envers vos meilleures appréciations de Moi.  Reposez-vous sur ce qu’aucun homme ne peut vous subtiliser – votre connaissance personnelle de Ma grâce.  Retenez ces choses que Je vous ai enseignées et que Je vous ai montrées.  Soyez loyal envers Moi.  Confiez-vous en Moi entièrement, malgré tout mystère inexpliqué, et malgré toute tribulation apparemment inutile.  Alors, vous ne trébucherez point, mais vous serez affermis par ces choses mêmes qui sont toutes issues de Ma volonté. »

Aussi, il n’est pas déloyal du Seigneur de dire que non seulement Il maîtrise les hommes, mais Il les mystifie aussi.  Alors même qu’Il les bénit, Il les rend perplexes aussi ; car Ses voies et Ses pensées sont incomparablement plus élevées que les nôtres.  Il nous convainc d’aimer et d’être loyal, mais Il nous rend perplexes aussi ; souvent jusqu’au point où nous nous détournons.  Il répond certainement aux questions de notre cœur, mais en même temps Il en soulève encore plus qu’Il n’en répond.  Et dans la vie de chaque vrai disciple du Seigneur, il y aura toujours, comme c’était le cas pour les Douze, de grands « Pourquoi ? » qui n’auront jamais de réponse.  Aucun d’entre nous ne sera jamais exempté d’acquérir par la foi et par la patience la bénédiction de ne pas être scandalisé.

Pensez à un exemple ordinaire et typique de scandale.  Il n’est pas, d’ordinaire, question de rechute spirituelle, de reniement insensible du cœur, ni d’une rancœur amère d’une expérience passée.  Plutôt, ceci commence avec la déception d’une certaine espérance que nous avions, la désillusion d’une certaine attente, la lassitude d’une prière restée sans réponse, ou encore un mal du cœur qui ne semble pas susciter de réponse sympathisante de la part de Dieu.  Tout ceci génère une méfiance inexprimée et presque inexprimable ; et alors que l’on ressasse cette chose, un sentiment d’injustice s’accroît, une impression que nous n’avons pas été traité avec équité par Christ ; et ceci devient une rancune latente.  Jusqu’au moment où, Son joug devenant pesant, nous bravons Son droit de contrôler ainsi nos vies, et tout se termine dans une répudiation secrète de Sa Seigneurie ; et bien souvent, en un renoncement extérieur de tout intérêt et but spirituels.  Ceci est une cause typique de scandale en Christ.  Et combien il y en a autour de nous à qui cette description s’applique !  Des plus petits commencements d’incrédulité, les plus grands désastres spirituels se développent.  Si deux lignes parallèles sont tracées à l’infini, il n’y aura jamais aucun changement de distance entre elles.  Mais si jamais l’une d’entre elles change d’angle, ne serait-ce que d’un cheveu, alors plus loin elles sont tracées, plus leur écartement augmente, jusqu’à ce qu’il y ait un univers de distance entre elles.  Il en est ainsi de notre communion avec Christ.  La plus petite incertitude ou désobéissance est menacée par la potentialité de l’infini, et si ceci n’est pas découvert et corrigé, alors il peut s’ensuivre un écartement infini entre l’âme et le Sauveur.  Ainsi, si nous pouvions déterminer quelques principes immuables pour le disciple, explorer au moins quelques unes de ces périlleuses causes de scandale en Christ ; tout en établissant une nouvelle relation de confiance implicite avec notre Seigneur, nous serions alors sauvés de ce péril menaçant.  Et ceci doit être précisément le but de Ses Paroles d’avertissement.

Il y a tout d’abord, la sévérité de Ses demandes.  Lorsque nous acceptons Christ, au début, le chemin semble être garni de roses et l’atmosphère semble être rempli de parfums doux et délectables.  Car, alors même que Christ est absolument honnête envers nous, et ne cache rien des épreuves et des conflits que nous devons endurer, nos propres moyens d’appréhension sont si limités que nous ne saisissons qu’une chose à la fois, et cette chose est que Christ pourvoit à tous les besoins auxquels nous sommes alors sensibles.  Nous marchons donc dans cette voie avec des cœurs joyeux.  Mais, il faut peu de temps avant que nous ne découvrions que, pour les disciples, les conditions sont sévères.  Par exemple, nous découvrons qu’une véritable séparation du monde en esprit et en pratique est absolument nécessaire à la préservation de la communion spirituelle.  Nous percevons que nous ne pouvons pas marcher sur deux airs différents à la fois – et les mélodies du monde sont parfois bien attirantes.  Nous apprenons que nous ne pouvons pas marcher avec Lui tout en maintenant l’opinion populaire.  Que nous devons choisir entre Lui et le monde, et bien souvent entre Lui et l’Église professante.

Et lorsque ces choses sont découvertes, ceci implique souvent que les hommes sont scandalisés en Lui.  Car Ses demandes supposent un ajustement coûteux dans la vie familiale, professionnelle et dans la société ; et ces changements sont selon Sa pensée.  Ceci peut vouloir dire, pour certains, l’abandon d’une certaine popularité qui n’existe que parce qu’il y a un silence honteux à Son sujet.   Ceci peut vouloir dire, pour d’autres, la cassure de relations qui ont une grande place dans leur vie, et le sacrifice de prospérités matérielles qui revêtent l’impression d’injustice.  La découverte de Ses demandes, veut dire la fin de la satisfaction de soi-même, elle implique la crucifixion en vue du couronnement à venir, une abdication en vue d’une intronisation future.

Et lorsque tout ceci a bien été clairement saisi, c’est alors que les hommes sont scandalisés en Christ.  Quand Il dit :  « Coupe ta main droite, arrache ton oeil droit, renonce à tout ce que tu as ; prends ta croix et suis-moi », alors arrive le test qui détermine tout.  Alors, trop souvent, les hommes s’en vont pour ne plus jamais marcher avec Lui.  Non pas parce qu’ils ne L’ont pas compris, mais parce qu’ils Le connaissent trop bien !  Lorsqu’Il vient pour être agréé, non pas seulement comme le Christ avec un cœur sympathisant,  mais également comme le Christ résolument déterminé ; alors grande est la bénédiction de celui qui n’est pas scandalisé.

Ensuite il y a le mystère de Ses contradictions.  Souvent il semble que Christ ne sympathise pas avec nos meilleurs désirs, avec ces désirs qui sont issus de notre communion avec Lui.  Vous voulez, par exemple, accomplir un grand service et suppléer à un grand besoin ; mais la réponse de Christ à vos attentes est de vous charger des difficultés d’une petite œuvre, dans un lieu où il y a peu, ou aucune, reconnaissance pour votre labeur.  Vous Lui demandez un service spirituel, et tout ce qu’Il permet est de vous occuper d’un devoir commun monotone.  Et vous êtes en danger d’être scandalisé en Lui, uniquement parce qu’il semble y avoir si peu de justice quand à la façon dont votre grand projet est traité.

Ou bien encore, vous Lui avez demandé un temps de repos, et vous avez clamé Ses grandes promesses dans ce but ; mais la réponse donnée nécessite un engagement rigoureux et continuel dans le conflit.  Les feux de la tentation vous entourent, non pas de façon moindre, mais beaucoup plus ardents que jamais, et vous êtes à la fois perplexe et offensé par un tel accomplissement de la Parole dans laquelle vous espériez.  Ou, vous avez désiré une vie moins pesante et astreignante, mais Sa sainte réponse a été de vous imposer d’autres fardeaux encore plus lourds à porter – et vous êtes tout près d’être scandalisé en Lui.  Tous ces mystérieux agissements vous consternent dans votre marche, et la tentation de perdre toute confiance est parfois presque trop grande.

Maintenant, nous serions aidés si, nous nous souvenions de ce fait tout simple : Il sait et fait exactement ce qui est nécessaire pour le développement et la correction de nos vies.  En réalité, Il est seulement antipathique envers nos égotismes.  Il ne recherche qu’à détruire en nous tout ce qui se réclame de l’amour de soi-même, de l’orgueil, de l’autosuffisance, et à reproduire en nous quelque trait de la beauté de Son propre caractère.  Lorsque nous saisissons correctement Ses propres contradictions, nous pouvons toujours voir l’expression de Sa sagesse parfaite envers nos plus grands intérêts, ainsi qu’envers les intérêts du Royaume dans lequel Il nous a donné une part.  Alors, « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi »,  celui qui accepte la direction de Christ comme il accepte Son amour, et Lui fait confiance, lorsque Lui faire confiance simplement est la chose la plus difficile.

En dehors de ces causes, il en a une autre en rapport avec la lenteur de Ses méthodes.  Nous venons à Lui et plaçons nos vies sous Son contrôle, nous attendant à une réalisation immédiate de délivrance qui nous élèvera au-dessus de tout ce qui nous assaille en matière de tentation et de forces adverses.  Mais combien est grand notre désappointement quant à la lenteur de cette réalisation ; et comme elles sont difficiles ces victoires que nous obtenons, même lorsque nous sommes fortifiés par Son Esprit.

Ainsi, assez tôt, nous nous apercevons que la vie n’est pas une promenade, mais plutôt un combat ; que la grâce de Christ n’est pas un simple moyen d’extase mais plutôt une énergie qui œuvre douloureusement pour la justice en nous.  Et ceci demande toute la vigilance dont nous sommes capables afin d’occuper le terrain déjà conquis ; et afin de conquérir de nouveaux territoires.  Et la lenteur de Christ quant à cette question de nos propres conflits spirituels, devient souvent un scandale pour nous.  Car Il déçoit nos espérances, et contredit nos idées fausses quant à une victoire facile sur nos puissantes inimitiés.  Mais en réalité, cette méthode aussi lente qu’elle nous paraisse, elle la seule qu’Il puisse utiliser ; ayant en vue la grandeur de Son dessein et considérant notre nature contraire.  Et chaque expérience de victoire, qu’elle soit petite et insignifiante, est prophétique quant à l’ultime triomphe final.

Si vous allez à l’Observatoire de Greenwich, vous y verrez un instrument fragile avec lequel les astronomes mesurent la distance des étoiles, ainsi que leur taille.  Les pointes brillantes d’une étoiles sont reflétées sur un miroir sensible, et la mesure des angles formés de deux rayons se rencontrant fournit suffisamment d’information pour réaliser tous les calculs stupéfiants de millions de kilomètres.  Il en est de même de nos vies.  En estimant ce que Christ a déjà accompli, nous sommes assurés de l’immuabilité de Son dessein.  Chaque fragment d’expérience de Sa puissance envers la sanctification, la purification, le recouvrement, la délivrance, est prophétique quand au tout – « Celui qui a commencé en vous une bonne œuvre, l’achèvera. »[10] Et si nous tenons ferme cette vérité, nous y trouverons l’inspiration pour une persévérance continue de la foi ; et nous ne serons pas scandalisés parce qu’Il œuvre si lentement – et avec détermination.

La même chose est vraie en ce qui concerne l’avancement du Royaume, les intérêts duquel nous sommes appelés à servir.  Combien souvent nous trouvons dans la lenteur avec laquelle les choses sont accomplies, une occasion de scandale en Christ.  Nous commençons par nous attendre à ce que, lorsque nous élevons Christ, nous voyions des foules venant à Lui.  Nous imaginons que nous n’avons qu’à travailler fidèlement dans le service de Dieu et de l’homme, pour être sûr d’avoir des résultats.  Mais combien est différent le déroulement des choses !  Comme il est difficile d’attirer et de gagner des âmes !  Comme il est vrai que l’ivraie pousse avec le froment !  Et combien il est vrai que celui qui sème la précieuse semence doit verser des larmes en semant !

Et la difficulté de croire que Dieu se trouve dans le champ lorsqu’Il est totalement invisible est trop insupportable pour certains, pour ceux-là même qui commencent à œuvrer pour Lui, ayant de grandes attentes et de louables convictions, cette difficulté leur paraît totalement injustifiée.  Tout comme les disciples, qui pensaient que « le royaume de Dieu allait immédiatement paraître »[11], ceux-là pensent la même chose ; et dans la discipline de leur enthousiasme, et la mutation de leur consécration envers la persévérance, ils sont en danger d’être « scandalisés. »  Il ne serait pas difficile de prouver ceci par maints exemples ; dans le travail spirituel, lorsque les résultats sont le moins visibles, il sont souvent les plus probants.  L’ouvrier qui persévérera sans le stimulus du succès apparent, qui continuera à témoigner pour Lui même lorsqu’il rencontre de l’indifférence, qui poursuivra l’œuvre de Christ dans l’infaillible inspiration de savoir que c’est Son œuvre, est celui qui obtient la bénédiction de ne pas être scandalisé.  Et une partie de cette bénédiction est dans la moisson issue de son labeur, et dans l’assurance de sa récompense pour tout son service.

Mais, de toutes ces causes de scandale en Christ, il y en a peut-être une qui est au dessus de toutes les autres, c’est celle de Ses silences.  J’éprouve beaucoup de compassion pour Jean le baptiseur dans sa perplexité : « S’Il est vraiment le Christ, pourquoi n’agit-Il pas comme le Christ ?  Pourquoi ne fait-Il rien pour délivrer Son héraut emprisonné ?  Pourquoi ne vient-Il pas apporter de la paix à son cœur troublé ? »  Une seule visite de Christ aurait changé sa prison en château.  Une seule embrassade de Christ aurait transformé son désespoir en gloire.  Mais Il ne la donna pas.  Il en fut ainsi à Béthanie, lorsqu’Il laissa Marthe et Marie à leur chagrin pendant deux longs et pénibles jours.  Je compatis avec elles dans leur totale inhabilité de comprendre Son atermoiement à la lumière de Son amour ; et dans leur sous-entendue protestation alors qu’elles Le saluèrent : « Seigneur, si tu eusses été ici mon frère ne serait pas mort. »[12] Son silence semblait tellement déraisonnable.  Et il nous semble toujours déraisonnable lorsqu’Il ne paraît pas répondre à nos prières ; et nous gémissons comme envers des cieux fermés.  Qui ne connaît pas ces amères expériences et la tentation sous-jacente qui se tient en embuscade ?  Vous avez prié, et continuez de le faire, pour le salut de ceux que vous aimez, mais ils semblent aujourd’hui plus impénitents et endurcis que jamais.  Vous avez prié pour des choses temporelles qui s’avèrent être pleinement nécessaires, et aucune réponse n’est venue.  Vous avez recherché le soulagement d’un fardeau pesant, mais aucun allègement n’a été donné ; et aujourd’hui cette chose vous pèse encore d’avantage.  Et la pensée que le silence de Christ est injustifié n’est jamais très loin.  Notre loyauté envers Lui est durement mise à l’épreuve, quasiment jusqu’au point de rupture.  C’est presque légitime d’être scandalisé en Christ.  Mais, comme c’était le cas de Jean en prison, et des sœurs à Béthanie, et d’une multitude d’autres à travers les âges, Il n’est pas indifférent, malgré le fait que Son silence semble l’indiquer.  Il les exerce, et nous aussi, à pratiquer une foi inébranlable, à vivre dans le domaine de l’invisible et de l’éternel ; à Le suivre dans Ses pas.  Parfois, ce qu’on appelle des prières non exaucées deviennent en fait de plus grandes bénédictions que la réponse espérée n’aurait jamais procurée.  Lorsque Christ répond à nos requêtes négativement, nous pouvons être assurés qu’une réponse positive aurait été à notre détriment.  Il retient les miséricordes secondaires afin de nous enseigner l’importance et la valeur de celles qui sont primordiales.  Ses dénégations sont pour notre enrichissement, et non pas pour notre appauvrissement.  Car Ses intentions sont incomparablement plus grandes que nos prières, et bien que Ses Paroles soient comme l’argent, Ses silences sont comme l’or.  « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi. »

« Je vous annonce ces choses, afin que, malgré la sévérité de Mes demandes, le mystère de Mes contradictions, la lenteur de Mes méthodes, la nature déraisonnable de Mes silences, vous ne soyez pas scandalisés. »  Qu’elles étaient ces choses ?  Qu’est-ce qui gardera Son peuple du péril de la défection ?  Qu’elles sont donc les sécurités permanentes de notre foi ?  En un mot : l’assurance de Son propre exemple – « Je suis sorti d’auprès du Père », « Je m’en vais au Père »[13], « Je suis le chemin. »[14] Ensuite, la certitude de Son amour envers nous : « Le Père lui-même vous aime. »[15] Et encore, la constance de Son union avec nous : « Vous en moi et moi en vous. »[16] Ce sont là les vérités fondamentales quant à Ses avertissements ; et leurs développements doivent croître dans la vie de Son peuple.  Bienheureux est celui qui, fondé sur ces principes divins, en fait des facteurs de sa propre vie, et va, n’offensant pas et n’étant pas offensé, toujours rayonnant de « la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence » ; et ne cessant de faire partie, de façon croissante, de l’illumination du monde alors même qu’il reflète la gloire de son Seigneur.

Mais faisons bien attention de ne pas mettre de valeur imméritée sur notre seule perception de cette vérité.  Prenons garde de surestimer la force de notre propre résolution et de nos propres ressources.  Gardons-nous de dire quelque chose comme : « Alors même que tous les hommes seraient scandalisés à cause de Toi, moi je ne serais jamais scandalisé. »  Mais plutôt, dans un esprit de dépendance sensible et humble envers Christ, esprit qui s’exprime toujours dans une consécration impérissable et dans une loyauté envers Sa parole, vivons comme des hommes de foi manifeste.  Car, c’est là la condition qui gouverne toute la bénédiction de celui qui n’est pas scandalisé.



[1] Le verbe « être scandalisé » peut aussi vouloir dire « être offensé », le sens est le même.

[2] Cf. Jean 6 :66

[3] Cf. Genèse 50 :20

[4] Psaume 91 :6

[5] Matthieu 18 :8-9

[6] Matthieu 18 :6

[7] Matthieu 13 :41

[8] Matthieu 13 :55

[9] Luc 7 :19-20

[10] Philippiens 1 :6

[11] Luc 19 :11

[12] Jean 11 :21

[13] Jean 16 :28

[14] Jean 14 :6

[15] Jean 16 :27

[16] Jean 14 :20

 

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